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Le blues de la jeune diplômée

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Crédit photo : 360brain ©

 

Aujourd’hui, je voudrais proposer un article sans lien avec le féminisme, mais dans lequel certaines personnes pourront peut-être trouver un écho (vous pouvez vous faire un thé, voire deux, ça risque d’être long).

 

Voilà : j’ai le blues.

Le blues de la jeune diplômée.

Et à regarder autour de moi, je me rends bien compte que nombre de mes comparses, qu’ils aient 25, 30 ans ou plus, souffrent de la même affliction.

J’ai fait 6 ans d’études. C’était bien. C’était exigeant. C’était stimulant. Ce n’étaient pas seulement les cours, les dissertations, les mémoires, le savoir. C’étaient aussi les voyages, la découverte de soi, des autres, l’apprentissage de la vie. De la liberté. Les rares stages que j’ai fait avant mon entrée sur le marché du travail m’ont laissé un goût amer : « alors c’est à ça que je me prépare depuis des années ? » Envie de rester étudiante à perpétuité. « On verra bien, me disais-je alors, repoussant la question d’une pichenette mentale. Je trouverais une porte de sortie. J’écrirais. Je monterais ma boite. Blablablabla ».

Sauf que le temps passe, passe, passe, et arrive le moment fatidique où il faut bien commencer à gagner sa croûte.

La suite était donc (relativement) logique : travailler dans un bureau. Non pas que cela m’ait toujours fait rêver : au contraire, moi qui suis farouchement attachée à ma liberté, j’ai toujours associé le travail salarié à une forme d’emprisonnement. Pourtant, voilà que je m’y enferme de mon plein gré. Et en même temps, ai-je vraiment le choix ? Quand la contrainte financière prévaut, on choisit l’option la plus simple.

Depuis, pourtant, je déprime en contemplant ce qu’est devenue ma vie. Il faut dire que le décalage entre ce que l’on demande aux étudiant.e.s et aux jeunes diplômé.e.s lors de leur entrée sur le marché du travail a tout du grand écart latéral.

On pourrait se dire qu’après tout, les études n’ont vocation qu’à façonner un individu, à l’instruire, et qu’il faudrait les voir comme une antichambre à la vie adulte et non un préambule aux exigences de sa future vie professionnelle. Mais même en prenant ces précautions, comment ne pas tomber de haut ? Dans leur ouvrage The Stupidity Paradox, les chercheurs britannique et suédois André Spicer et Mats Alvesson ont pointé l’existence de ce paradoxe selon lequel les entreprises cherchent à recruter les diplômé.e.s les plus brillant.e.s pour leur demander, en fin de compte, de laisser leur cerveau sur le pas de la porte et de se consacrer à des tâches – souvent – abrutissantes et routinières.

La conclusion de cette étude est sans appel : pour survivre en entreprise, mieux vaut remiser son intelligence au fin fond de sa poche.

*

Alors, nous en sommes là. Je tourne en rond comme un lion en cage, je me désespère de l’uniformité de mes journées, des décors de ma vie et du caractère punitif qu’a désormais le temps (semaine : pénitence ; week-end : libération), j’échafaude de multiples tentatives d’évasion.

Et puis, lorsque je me décide enfin à tout plaquer pour reprendre des études de journalisme, je lis un énième témoignage de pigiste condamné.e à vivre avec 500 euros par mois et à bouffer des patates à l’eau (agrémentées de ketchup les jours de fête). Alors je retourne à mon asservissement volontaire en me disant que, au moins, je peux payer mon loyer.

Autour de moi, la même insatisfaction gronde. Démission, reconversion, burn-out, bore-out et autres tourments cachés derrière des anglicismes froids, rêves de grandeur qui s’écrasent sur la moquette d’un bureau encaustiqué…

Ce malaise n’est pas le signe que quelque chose ne va pas chez les « jeunes » – nous serions dans ce cas nombreux et nombreuses à souffrir de déficience. Il est plutôt le signe que le monde du travail, à force de mutations qui n’ont pas pris en compte le besoin croissant de sens, d’indépendance, d’utilité et d’autonomie des individus, n’est plus adapté au monde contemporain. Et qu’il ne peut désormais plus se prévaloir d’être un vecteur d’épanouissement personnel, si tant est qu’il l’ait jamais été.

Les entreprises ont beau sentir le vent tourner et soigner leur image à grands renforts de « communication institutionnelle », plus grand-monde n’est dupe. Et pour cause : le plateau serti d’épanouissement personnel, de stimulation intellectuelle, d’impact sur le monde et de réalisation de soi que l’on prétend nous servir n’est bien souvent qu’un mirage.

Un mirage qui ne dit rien des tâches abstraites et de l’ennui assommant qu’elles engendrent, des couches de processus absurdes qui s’empilent les unes sur les autres, du café froid, des supérieurs aussi pénibles qu’un ongle incarné, de la culture du présentéisme, des réunions qui ne servent qu’à fixer la prochaine réunion, des conversations stériles, de la sédentarité, des corps qui s’avachissent devant l’ordinateur, des regards en coin, des jalousies larvées, de la production de tableaux Excel, Powerpoint et autres documents qui finiront oubliés dans les entrailles d’un obscur serveur, et de l’impression de passer à côté de sa vie à force d’être exploité.e par quelqu’un autre. Ces images glacées montrant des salarié.e.s qui sourient devant leur ordinateur, une tasse de café à la main, ont beau être esthétiquement parfaites, elles ne reflètent pas la réalité de ce qu’est – souvent – le travail aujourd’hui : une aberration.  

L’entrée dans la vie adulte coïncide souvent avec l’entrée sur le marché du travail. C’est là que le champ des possibles se réduit soudain, l’existence se trouvant désormais circonscrite à un périmètre – physique et temporel – étroit. Immobilité, stagnation : l’horizon se fige lentement. Qu’y a-t-il au-delà ? La construction d’une « carrière » (et la possibilité de devenir un jour manager, c’est-à-dire de passer encore plus de temps dans des réunions qui ne servent à rien), le prêt immobilier, l’achat d’une voiture, la vie conjugale ? Est-ce vraiment ce qui nous fait vibrer ? Nos désirs ont-ils le temps d’éclore, et sont-ils bien les nôtres, ou n’appartiennent-ils qu’à la société ?

Après l’école, le collège, le lycée, puis éventuellement la fac, voilà que vous travaillez désormais dans une « boite » – la métaphore de l’enfermement est éloquente. La boucle est bouclée ! Mais à quel moment fait-on l’apprentissage, dans nos vies, de la liberté ? À quel moment se retrouve-t-on libre de tout engagement, de toute structure, de toute contrainte ? Quand avons-nous la possibilité d’expérimenter autre chose que la confiscation – de soi, du temps, du plaisir ?

À peine sortis d’un long cursus académique et à peine formé.e.s en tant qu’adultes, nous voilà de nouveau réduits au statut d’enfant soumis à l’autorité de ses encadrants. Entretiens d’embauche inquisitoires, contrôle des horaires, notation (les fameux « entretiens annuels »), sanctions en cas de mauvais comportements… Loin d’être une libération, notre entrée sur le marché du travail sonne le début d’un nouveau processus d’infantilisation. Une aliénation nécessaire pour « dompter » la population salariée, qui n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle obtempère sans poser de questions.

 

Un monde du travail sclérosé

En 2013, l’économiste et anthropologue David Graeber a fait sensation avec un article intitulé On the phenomenon of bullshit jobs Le phénomène des jobs à la con »).

En préambule, il rappelait la prophétie de l’économiste John Keynes, qui avait fait le pari en 1930 que les évolutions technologiques nous permettraient de faire des semaines de 15 heures d’ici la fin du siècle. Or, poursuit-il, c’est tout l’inverse qui s’est produit : la technologie, désormais au service du système capitaliste, a été manipulée pour nous faire travailler plus en créant une myriade de jobs inutiles, aliénants et dépourvus de sens. Ces jobs sont pour l’essentiel des métiers « de bureau » qui n’ont vocation qu’à manipuler de l’immatériel, et qui disposent d’une valeur sociale paradoxalement élevée.

David Graeber explique qu’au lieu « de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale afin qu’elle poursuive ses propres projets, plaisirs, visions et idées, nous avons pu observer le gonflement, non seulement des industries de « service », mais aussi du secteur administratif, et la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou l’expansion sans précédent de secteurs comme le droit corporatiste, les administrations universitaires et de santé, les ressources humaines ou encore les relations publiques ».

Le résultat ? Une insatisfaction grandissante des salarié.e.s (pour le « mieux ») et une explosion des pathologies liées au travail (pour le pire). Les jeunes diplômé.e.s se retrouvent aux premières loges de ce mécontentement général. Selon une étude Ipsos, 43% des jeunes actifs estiment que leur travail enrichit leur employeur mais qu’il ne leur apporte pas grand-chose à eux-mêmes, et 51% estiment manquer de reconnaissance au travail.

Par conséquent, de plus en plus de diplômé.e.s du supérieur se réorientent vers des métiers manuels, considérés comme plus utiles et porteurs de sens. Ces réorientations, sur lesquelles l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) a enquêté en 2015, constituent « un phénomène non négligeable » : 14% des jeunes diplômé.e.s de niveau bac+5 ou plus déclarent avoir vécu un changement d’orientation significatif dans les deux années suivant l’obtention de leur diplôme.

« Quel que soit le type de parcours, le dénominateur commun est la déception » rapporte Pierre Lamblin, directeur du département études de l’APEC.

Déception : le mot est lâché. Et il ressemble fort à un euphémisme.

Dans son livre « La révolte des premiers de la classe », le journaliste Jean-Laurent Cassely raconte les parcours de ces ultra-diplômés qui décident de troquer leur carrière de cadre pour un métier manuel, dans la pâtisserie, la boulangerie ou l’artisanat. Cet exode progressif vers des métiers « concrets », ancrés dans le réel (et paradoxalement peu valorisés par la société) doit se lire comme la traduction d’un malaise diffus, après que les jobs à la con aient fini par coloniser toutes les strates de l’entreprise.

Bureaucratisation rampante, parcellisation des tâches, règles et processus absurdes, couches de « métiers » aux titres ronflants qui s’empilent les unes sur les autres et divisent à l’infini des tâches dont la finalité finit par échapper complètement, existence d’une hiérarchie rigide faite de chef.fe.s, de sous- chef.fe.s et de sous-sous-chef.fe.s, modes de management dépassés, non-flexibilité des horaires… La souffrance spirituelle induite par le travail contemporain (lequel reste, dans sa forme, terriblement archaïque) ne doit pas être catégorisée comme un énième caprice des classes moyennes à aisées. S’il est évidemment préférable de passer ses journées derrière un bureau qu’au fond d’une mine, nous devons résister à la tentation d’établir une impossible hiérarchie des souffrances.

La douleur de l’esprit n’est certes pas comparable aux douleurs du corps, mais cela n’en invalide pas pour autant son caractère délétère. Qu’est-ce que la société peut bien attendre d’une population aliénée par le travail ? N’y a-t-il pas, au-delà de la problématique individuelle, un véritable enjeu sociétal ?

 

Le travail comme identité fondamentale

Le sociologue Max Weber écrivait : « l’idée du devoir professionnel erre dans notre vie comme un fantôme des croyances religieuses d’autrefois ». Il faisait ici référence à l’éthique protestante, qui considère le travail – dans sa dimension la plus sacrificielle – comme une fin en soi.

Aujourd’hui, dans une société en mal de valeurs et de repères, le travail a en quelque sorte remplacé la religion. Il est devenu l’instrument à l’aune duquel on mesure la légitimité, la valeur et la désirabilité d’un individu. 

Il faut « travailler », qu’importe ce que cela nous en coûte, qu’importe que ledit travail soit abrutissant et/ou parfaitement inutile, voire même nocif pour la société. Et si l’on n’a pas de travail, tous les moyens sont bons pour en trouver un – il suffirait, d’ailleurs, de « traverser la rue », peu importe la nature de ce qui nous attend de l’autre côté. Ce nivellement par le bas n’est possible que parce que dans notre société, les individus tirent leur seule légitimité de la fonction qu’ils exercent – alors même que la prolifération des jobs à la con et l’augmentation des maladies professionnelles tentent de nous rappeler que nous faisons fausse route.

L’asservissement volontaire des individus à ce qu’on appelle la « valeur travail », qui bien souvent n’est évoquée qu’en termes de temps passé au bureau et non de productivité effective, n’est possible que parce que le travail a été institué comme l’un des seuls éléments permettant à une personne de se définir.

À ce titre, le compte Twitter Disruptive Humans of Linkedin est particulièrement significatif. Ce dernier épingle les messages les plus « bullshit » postés sur le réseau social professionnel LinkedIn, écrits dans une novlangue faussement conviviale par des individus qui tentent désespérément de se persuader de leur utilité sociale.

On y croise une « experte en biodiversité des talents », des « réuniologues », des « digital evangelist & speaker », une « chief emotional officer », un « coach en stratégie de réussite humaine », ou encore un « gladiateur digital » (sic). L’un se vante de n’avoir pris que 4 semaines de vacances en 6 ans, l’une poste des maximes « inspirantes » sur le « capital bonheur au travail », l’autre enfin rapporte avec une fausse contrition les mots de sa fille de 6 ans qui lui demande pourquoi il « travaille tout le temps ».

Tout affligeant qu’il soit, ce compte est révélateur de la décrépitude d’un monde du travail où pullulent aujourd’hui les bullshit jobs. Plutôt que de laisser les individus maîtres de leur vie – et de leur temps, le système capitaliste s’est arrangé pour engendrer une kyrielle d’emplois stériles, qui n’ont vocation qu’à « occuper » une population à qui il serait sans doute dangereux d’accorder une trop grande liberté.

Mais la plus grande réussite de ce système est d’avoir convaincu les individus eux-mêmes de la valeur cardinale du travail, même lorsque celui-ci est inutile, absurde ou néfaste pour la société, et de l’importance de s’y vouer corps et âme, de s’y sacrifier dans le ravissement.    

Il faut dire que la société ne laisse pas le choix aux individus de se définir autrement que par le travail – celui qu’ils font, ou ne font pas. La question « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est à cet effet éloquente : alors qu’une multitude de réponses seraient possibles (« j’ai un groupe de musique / j’écris / je fais du théâtre / je voyage/ j’élève mes trois enfants / je m’occupe de mon potager/ je me passionne pour la littérature américaine contemporaine… »), la seule réponse attendue concerne la fonction professionnelle exercée. Limité et limitant ? Certainement. Pas étonnant, dans ces conditions, que le travail soit devenu pour tant de personnes une case étroite et inconfortable, dont il est si délectable de s’extirper une fois le week-end venu.

Quant aux personnes qui n’ont pas de travail, les regards de pitié qu’elles rencontrent en disent long sur l’ostracisation sociale qui a cours lorsqu’on ne peut plus se prévaloir d’une identité « réglementaire », d’une case à occuper sur le grand échiquier de la société.

Pourtant, l’absence de possibilité laissée aux individus de se définir autrement que par le travail est un vrai danger. Travaille, ou tu ne seras personne ! Cette conception particulièrement réductrice de l’être humain provoque un réel nivellement par le bas en poussant les individus à accepter des conditions de travail dégradantes, voire parfois illégales, dans le simple espoir de rentrer enfin « dans le rang ». Elle est à l’origine de la valorisation sociale des maux du travail, comme le manque de sommeil, le fait d’être débordé.e ou de n’avoir « pas le temps » – pas le temps de lire un livre, pas le temps d’aller voir cette expo, pas le temps de cuisiner, pas le temps de profiter des bas plaisirs de la vie. On en arrive à l’avènement d’une société dans laquelle la souffrance, l’absence et le manque sont sublimés, et le bien-être et le plaisir considérés avec mépris. 

Tout cela donne une population qui prête volontairement le flanc aux vexations du travail, en acceptant de sacrifier sa vie personnelle et sa santé à sa fonction professionnelle.  Pourtant, il n’y a rien de glorieux dans le fait de se transformer en un automate servile et hébété, qui à force de privations oublie de se ressourcer, de nourrir ses centres d’intérêts, de se cultiver, de prendre soin de lui-même et des autres. Bref, de vivre.

L’année dernière, le patron d’une start-up s’est fait étriller sur Twitter après avoir publié un tweet dans lequel il déclarait avoir « décidé de passer à une alimentation équilibrée mais surtout qui me prenne moins de 120 secondes par repas de manière à gagner 30h par mois » : l’occasion de vanter les mérites d’une marque de repas en poudre à prendre sur le pouce, avec laquelle il avait manifestement conclu un partenariat. Ce tweet, tout navrant qu’il est, en dit long sur la façon dont notre société a fait de notre temps une denrée exploitable, et de nous des esclaves d’un capitalisme qui étend son territoire jusqu’à l’absurde.

Il est pourtant dangereux de réduire le « travail » au temps que nous passons dans nos bureaux. Combien de cadres passent l’essentiel de leur journée à surfer sur Facebook, en prenant l’air affecté de celui ou celle qui croule sous le boulot ? Il est bien dommage que les activités non rémunérées que nous effectuons pour notre propre compte ne soient pas incluses dans notre définition collective du « travail », que ce soit repeindre sa salle de bains, élaborer un repas pour plusieurs personnes, écrire un blog (clin d’œil appuyé) ou un roman, construire un meuble, composer de la musique, créer des bijoux, etc, etc. Car ces activités demandent bel et bien de produire un effort, qu’il soit physique ou intellectuel.

Il n’est pas question ici de nier la dimension identitaire que revêt parfois le travail, ni l’importance qu’il peut avoir pour certaines personnes – après tout, dans un monde idéal, le travail devrait être un vecteur d’épanouissement et non une corvée. En revanche, nous devons nous interroger sur ce totalitarisme du travail à tout prix, auquel nous devrions nous vouer corps et âme même lorsque celui-ci nous brise, nous use, nous assomme, nous tue à petit feu. Je pense ne pas trop m’avancer en affirmant que, sur leur lit de mort, la plupart des gens ne regretteront pas de ne pas avoir passé plus de temps dans les couloirs de leur entreprise… mais plutôt de ne pas avoir assez pris le temps de vivre, de voyager, de lire, de découvrir le monde, de s’occuper de ses proches, de cultiver ses centres d’intérêt, de se faire du bien. D’être heureux, tout simplement.

 

Statu quo

Si un nombre grandissant de personnes (particulièrement les jeunes) se trouvent désabusées par le monde du travail, c’est aussi parce que celui-ci ne nous laisse pas la possibilité d’être nous-mêmes.

Et parce qu’il n’évolue pas.

D’où cette impression, partagée par beaucoup, de devoir se battre en permanence contre des moulins à vent, tout en enfouissant ses valeurs sous mille couches de silence. C’est qu’en entreprise, tout devient politique et donc potentiellement fâcheux, même les sujets qui devraient a priori faire consensus : l’égalité des sexes, la diversité des profils, le refus des discriminations, etc. La simple évocation des agissements sexistes et/ou du harcèlement sexuel fait trembler. « Il n’y en a pas chez nous », « ce n’est pas un sujet », « il ne faut pas trop en faire non plus ». La plupart des entreprises ont beau se targuer d’être innovantes et disruptives, elles demeurent avant tout des environnements confits dans la peur du changement. Si l’on fait semblant de vouloir changer les choses – et on le fait bien, les réformes sont souvent vues comme une menace à l’ordre établi. Le souci de l’image dicte en effet les conduites et les décisions à prendre, ce qui favorise le règne d’un éternel statu quo.

L’entreprise est aussi un endroit où se reproduisent à l’envi les stéréotypes et les préjugés – et donc les inégalités. Un lieu où se jouent et se rejouent en permanence les mêmes scènes ; un lieu où se répètent les discours, au risque de barrer le passage à toute velléité de progrès social. Il est d’ailleurs intéressant de noter que des préoccupations sociales majeures comme l’écologie, la justice, la préservation des ressources naturelles, l’égalité femme-homme et plus globalement la lutte contre les discriminations aient tant de mal à pénétrer l’entreprise, comme si le progrès était une sorte de virus qui risquait de tout contaminer.  Le parallèle avec le monde politique est d’ailleurs frappant : même atemporalité, même rejet voilé du progressisme et des idées nouvelles.

Mais le travail dans des environnements plus modernes, comme les start-up, ne garantit pas pour autant l’accès à des valeurs plus progressistes ni même à un meilleur épanouissement. De nombreuses dérives ont déjà été pointées du doigt : fort recours aux contrats précaires, fausse bonne ambiance, charge de travail écrasante, management tyrannique…  Apparemment, les tables de ping-pong, le tutoiement convivial et les afterworks aux relents de bière tiède ne suffiraient pas à apporter aux individus le sens qu’ils et elles recherchent dans leur travail. Ce serait, avouons-le, un peu trop facile…

 

Par ailleurs, si l’on parle de plus en plus de « masculinité positive » et de déconstruction des mythes de la virilité, il me semble intéressant de noter que le monde du travail reste résolument campé sur une vision archaïque de la masculinité : blanche, hétérosexuelle, dominante, dépourvue de tout affect, ultra-disponible, voire zélée. Un homme, ça travaille jusque tard dans la soirée et ça ne s’occupe pas de ses enfants. Un homme, ça dirige, ça pilote, ça prend les décisions importantes. Un homme, ça sacrifie sa vie personnelle à son travail. Un homme, ça se fait assister – par une femme. Il y a les présidents et les directeurs  (fonctions que l’on peine encore à accorder au féminin), et de l’autre côté du spectre, les assistantes. Une division sexuelle que l’on retrouve dans presque tous les environnements, comme s’il s’agissait d’une fatalité.

Mais la génération Y, plus ouverte, plus militante, et surtout plus à l’aise avec les questions de genre, peine à se retrouver dans ce binarisme conservateur.

 

Et après ?

On parle beaucoup du chômage des jeunes diplômé.e.s, de l’obligation pour certains et certaines de prendre des jobs alimentaires en attendant mieux. Il n’est pas question de nier ce fléau. En revanche, il me semble important de mettre en avant une problématique afférente dont on ne parle pas assez (même si cela tend à changer), parce qu’elle est peu connue, peu comprise et surtout qu’elle fait honte. À une époque où avoir un emploi – a fortiori de cadre – est considéré comme un privilège, se plaindre du manque de sens de sa fonction et de l’ennui qu’elle génère fait lever les yeux. Quelle ingratitude ! Tu penses à ceux qui n’ont pas de travail ?

Oui, la sécurité financière est un élément important du bien-être. Mais elle ne fait pas tout. La frustration, l’ennui, le manque de sens et/ou l’impression d’être inutile rongent tout autant que l’inactivité professionnelle : il serait temps de le reconnaître.

*

Il reste à se demander pourquoi l’organisation du travail reste si archaïque (notamment sur la rigidité des horaires et la compartimentation des temps de travail), alors même que le digital a opéré dans nos vies des mutations profondes, qui pourraient nous libérer.

Je ne crois absolument pas que tous les métiers « de bureau » doivent absolument s’exercer au sein d’une fenêtre temporelle stricte, 5 jours sur 7, de 9h à 18h, selon une logique fordiste des plus primaires. Et si nous commencions par mesurer le travail produit, et non plus les heures passées au bureau ? Et si nous lâchions enfin la bride, si nous organisions notre temps librement ? Si la possibilité nous était donnée d’évoluer dans des environnements où confiance, autonomie, progrès et bienveillance sont les maîtres mots ? Si nous pouvions redonner au travail ses lettres de noblesse, au lieu d’affecter une masse croissante d’individus par ailleurs compétents et motivés à des tâches à la con ?

C’est à cet instant, et seulement à cet instant que nous retrouverons le sens que nous avons perdu.

*

On dit que cette insatisfaction est générationnelle : peut-être. Peut-être que nous ne voyons pas les choses de la même manière que nos parents, et encore moins nos grands-parents. Peut-être que nous avons fait du sens, de l’utilité, du bien-être, de l’enthousiasme les prérequis pour un travail qui implique nécessairement de sacrifier une part de sa liberté. Peut-être que nous avons compris, avant même d’en avoir fait l’expérience, que nos vies sont plus importantes que n’importe quel boulot, aussi valorisant socialement et bien payé fût-il. Et c’est une excellente chose.

Mais il faut également prendre en compte les profonds changements qu’a subi le travail ces dernières décennies. Nous n’évoluons plus dans le même contexte. Nous n’avons pas grandi dans le même monde, ni avec les mêmes perspectives. Par ailleurs, la technologie a tout révolutionné, tandis que les modes de management et d’organisation du travail sont restés les mêmes. Ce décalage absurde a contribué à creuser cette faille sur laquelle grandit l’insatisfaction des jeunes diplômé.e.s.

Devra-t-on attendre le point de non-retour ? 

20 réflexions sur “Le blues de la jeune diplômée

  1. Ton article me touche beaucoup car il résume parfaitement ce que je pense moi-même de la vision du travail dans notre société. Un non-sens qui parfois détruit des individus, les poussant à se divertir facilement pour oublier puis à y retourner pour payer les créances obligatoires.ça tourne en rond, ça ne pousse personne vers le haut car pour s’épanouir il faut du temps. Du temps pour s’investir dans ce qui est important pour nous même et/ou nos proches, sauf que ce temps est très souvent refusé ou confisqué.La logique est à la rentabilité (merci le capitalisme) et le besoin d’argent nous serre à la gorge. C’est souvent angoissant, stressant et oui bien trop souvent ce qui mériterait de la reconnaissance n’y a pourtant pas droit. Cette quête de sens j’espère qu’elle fera bouger les lignes et qu’on commencera sérieusement à envisager la vie en général sous l’aspect du sens-commun (et pas celui des entreprises) et du respect de l’individu. Merci beaucoup pour cet article très intéressant !

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  2. Un article qui change, mais ce que tu écris est très intéressant ! Je me retrouve un peu dans ce que tu écris… Je trouve ça tellement dommage de devoir faire un travail « alimentaire » au lieu de ce qui nous passionne vraiment, par peur de ne plus pouvoir payer de loyer.. C’est un cercle vicieux 😦

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  3. Je ne peux qu’être d’accord avec toi car ton article fait sensiblement écho à mon expérience. J’ai fais un master qui au final ne me sert à rien. Or le métier envisager avec donnait à mes yeux un sens concret à ma vie. Privée de cela, je ne savais pas dans quelle direction aller et encore moins répondre à la question « qu’est-ce que tu fais dans la vie? ». Encore maintenant j’évite volontairement certaines situations car j’assume difficilement mon poste. J’étais heureusement tombé sur un article remettant comme toi en cause les « réponses acceptables » qui m’ont permis de réfléchir aux miennes. Cependant je pense qu’il faut une plage horaire commune à toute entreprise pour le travail. En effet, les contacts seraient plus difficiles en sachant qu’ils sont déjà bien complexes actuellement -y compris au sein d’une seule mais sur 2 pôles…

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  4. Bonjour, ça fait un petit temps que je lis tes articles (toujours intéressants) mais celui-ci raisonne particulièrement à mes oreilles.
    Egalement bac + 5 dans une filière « qui ouvre toutes les portes » (prépa + grande école d’ingénieur) je deteste mon travail : stressant et pourtant inutile (à peine paradoxal)…
    Je me dis que je ne dois pas me plaindre parce que j’ai décroché le sacro saint CDI, que mon métier « ne connait pas le chômage » et que je suis payée au dessus de la moyenne pour mon âge et pourtant j’ai l’impression de ne pas contribuer à une meilleure société, de ne pas être en phase avec mes valeurs (et de ne trouver aucune offre d’emploi qui le soit d’ailleurs) et d’être nulle dans ce que je fais.
    En discutant avec mes amis (pour la plupart ingénieurs comme moi) je vois que je suis très loin d’être un cas isolé et que beaucoup ont envie de tout plaquer pour faire autre chose ; moi je ne sais pas quoi faire car j’ai l’impression de ne rien savoir faire d’autre. En tout cas, c’est très frustrant d’avoir travaillé comme des dingues (surtout 2 ans de prépa) pour en arriver là…
    Bref désolée du petit coup de gueule mais encore merci pour cet article et pour les autres d’ailleurs ; c’est peut être le meilleur des échappatoires !

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    1. Je comprends tout à fait, c’est fou (et rassurant aussi, dans un sens) de voir qu’on est beaucoup à ressentir la même chose… J’espère que tu finiras par trouver ta voie, ça prendra sûrement du temps et quelques tâtonnements mais l’important c’est de rester optimiste, et de se dire qu’on PEUT faire quelque chose d’autre 🙂

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    2. Je suis dans le même cas que vous, j’ai donc décidé de prendre mon destin en mains il y a 4 ans et après un bac +5 et quelque expérience pro dans mon domaine, je suis devenue agricultrice, tout créé de A à Z sans support ni expérience familiale préalable.
      Aujourd’hui je suis satisfaite de ce que je fais, mais je comprends Ô combien mon salaire d’avant était confortable. Je suis dans le cas du tiers de mes collègues, c’est à dire à moins de 350€ par mois. Tout se paye dans la vie, même sortir du moule…

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  5. Article intéressant!
    Je me retrouve dans ce que tu écris dans cet article, même si pour ma part j’aime mon travail parce que j’ai réussi à en trouver un qui pour moi a du sens et dans lequel j’apprends beaucoup. J’essaie de proposer des solutions à mon employeur en vue d’avoir plus de flexibilité (notamment niveau horaires) dans la startup dans laquelle je travaille, mais ce n’est pas toujours facile de trouver des méthodes qui fonctionnent. D’où mes deux questions:

    1) Quelles idées as-tu pour mesurer le travail produit? De notre côté, nous fixons des objectifs et regardons le pourcentage de complétion. Le pb: L’atteinte des objectifs peut être impactée par les interruptions au travail, les urgences, etc. Ce qui signifie que tu peux ne pas avoir complété tes objectifs au bout de trois mois tout en ayant bossé beaucoup

    2) De nombreux boulots de bureau impliquent de passer des appels/interagir avec des personnes de ta boîte ou d’autres entreprises. Comment fais-tu lorsqu’il n’y a plus d’horaires « standards » auxquels tu sais pouvoir contacter les gens? Est-ce qu’on part du principe que tu réponds au téléphone même quand tu ne travailles pas? (attention à l’invasion dans la vie privée!) Est-ce qu’on interagit plus que par mail? (bonjour la déprime et les incompréhensions liées à ce type de communication)

    Merci!

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    1. Bonjour,
      Je pense qu’il faut mesurer le travail produit par les résultats (ce qui implique de fixer des « objectifs » au préalable, ou du moins d’avoir une idée claire de ce qu’on souhaite atteindre/réaliser). Ce serait déjà un changement compte tenu du fait qu’aujourd’hui le travail est majoritairement mesuré… par la présence sur le lieu de travail (et donc les horaires), ce qui est aberrant !

      Ensuite, je ne pense pas que fixer des plages horaires soit complètement stupide, notamment pour les raisons que tu énonces, mais il n’empêche que nous pourrions avoir beaucoup plus de flexibilité. Exemple : travailler de chez soi (ou n’importe quel autre lieu !) Cela n’empêche aucunement de répondre au téléphone et de communiquer avec ses collègues 🙂

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  6. Chère Caroline,
    oui c’est vrai ce monde du travail et des jobs à la con colle le blues et parfois pire encore. Oui c’est vrai rien n’a évolué dans les couloirs dans les bureaux et devant la machine à café. Non c’est vrai nous ne pouvons pas éviter les propos d’un autre siècle, sexistes, racistes, ou juste complètement cons de celui qui se satisfait de son bullshit job ( le « bullshit job » j’adore) et se délecte bien de nous voir si peu à notre aise dans ce cadre trop étroit ou l’on suffoque, asphyxié par cet air nauséabond et irrespirable, MAIS, il existe un mais, c’est la raison pour laquelle je vous écris. Parce qu’au fond, jeune, je ne le suis plus, diplômée je le suis, mais je l’ai été vieille, je travaille dans une noble institution en tous point semblable à la cour du Roi Soleil, où ce ne sont pas un, mais plusieurs membres des couches supérieures qui cochent toutes les cases du profil pervers narcissique, tandis qu’un bon quart des effectifs affichent une incompétences et une nullité professionnelle avec une arrogance qui force le respect. L’effet de l’hyper diplôme sans doute. ça donne envie non? Et pourtant ça va. Ca va pour deux raisons. La première c’est qu’on peut rester soi, on peut être l’atypique dans une boite même la plus formatée, sans être un mouton noir, on peut être celle qui braille, celle qui corrige, celle qui conteste, celle qui repeint elle-même son bureau moche, celle qui colle une grande claque dans le dos du collègue qui fait des blagues graveleuses, pour mieux lui en sortir une qu’il n’aurait pas osé faire, celle qui arrive un jour une heure avant tout le monde et s’arrange pour que ça se sache, et un autre jour une heure en retard sans se sentir gênée, celle qui file des croissants à tout l’étage le jour de son anniv, même aux collègues qu’elle déteste avec qui elle s’engueule très fort ouvertement, celle qui ne chuchotte pas, qui est la plus polie mais la plus provocante aussi, c’est ça aussi être soi. S’exprimer peut éviter de déprimer, faire un boulot nickel et bavarder 10 mn dans un couloir sans se planquer, s’affirmer en tant que personne puisque professionnellement il n’y a rien a redire. Faire le gentil toutou dans une réunion sur 10 au point de surprendre agréablement tout le monde, et garder ses commentaires grinçants (mais inattaquables) pour la séance suivante. Jouer les extra terrestre, non les collègues ne connaissent pas votre vie, non il n’y a pas de photos sur votre table, non vous ne parlez pas de la place qu’occupe votre job dans votre vie, non ils ne connaissent pas vos hobbies, vos passions, votre jules ou votre julette, mais oui éclatez vous a donner votre avis sur eux, pour eux, pour ce sur quoi ils vous sollicitent. C’est une deuxième vie, ce n’est pas la votre, c’est du théâtre. Je vous le dis par expérience, ça vous aide à être plus légère (et ça fait marrer vos stagiaires, qui sont en général encore plus a plaindre que vous!). Ca vous permet de garder le sourire, commentez, ironisez, parlez à la photocopieuse, soyez l’OVNI qui ne rumine pas sa journée, mais s’en va à l’heure qu’elle a décidé. La deuxième raison c’est que j’aime ce que m’apporte mon job. C’est bien plus important que les conditions dans lesquelles je l’exerce. C’est ça qui me nourrit, il me fait voyager, rencontrer des gens, vivre dans des pays dont j’ai tout à apprendre, il faut travailler dans un domaine qui vous éclate et que les actions de votre quotidien puisent être votre sève. Rien d’autre. le reste on s’en fout. J’ai vu des jeunes diplômées ivres de bonheur d’avoir été recrutées à l’ONU et laisser tomber des voyages au bout du monde et des salaires à 7000€ à 24 ans pour devenir profs de yoga, parce que leur idéal de vie n’était pas les discussions infinies dans des hémicycles mais bel et bien communiquer le bien être aux gens. A vous lire on voit que vous avez des passions, chercher celle qui vous fait vibrer plus que les autres et chercher le job qui vous la fera mettre en pratique, ou la partager avec d’autres. Si c’est le cœur de votre travail, tous les cons réunis ne pourront pas vous en dégouter. Si vous ne les prenez pas au sérieux et que vous êtes bonne dans ce que vous faites, l’entourage malveillant ou simplement nuisible n’aura pas de prise sur vous. Et si vous ne vous sentez pas assez armée pour ouvrir grand votre gueule toute seule, regardez attentivement autour de vous dans la boite, vous trouverez forcément quelqu’un d’autre qui la trouve trop étroite et bien morose aussi, prenez-le comme allié.
    Votre analyse est juste, vous avez raison sur toute la ligne mais l’idée que je veux vous faire partager après 30 ans de jobs (j’ai parfois changé mais je les ai tous aimés) c’est le constat d’avoir mille fois pensé « ouah ça doit être génial de faire ce boulot » en regardant autour de moi.
    Et je suis sure qu’il y en a au moins un qui soit fait pour vous, et qui vous rende heureuse.

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  7. C’est marrant comme tout le monde vit mal autour de moi sa vie pro, quelques années après l’avoir commencée. Perso j’ai un boulot qui me plaît, je suis clairement utile, j’ai (enfin, j’avais…) juste un management à la con, dévalorisant, méfiant. Et la plupart de mes potes sont dans le même cas… J’aurai pu le garder, ça aurait pu devenir un CDI, et là, gouffres existentiels. C’est ça, la vie, alors? Attendre le we? Boire et fumer parce qu’on a envie de faire la fête tous les soirs pour avoir l’impression de profiter? Je suis partie, mais encore aujourd’hui je ne sais pas si c’est mon job qui n’allait pas ou si c’est moi qui a souci avec la vie professionnelle. Au chômage depuis bientôt un an, je suis en bien meilleure santé (bcp moins d’alcool / cigarettes, je mange mieux aussi), j’apprends une langue pour partir à l’étranger puisque décidément pas moyen de trouver un boulot satisfaisant dans le coin. Ce sera pas mieux là-bas, mais au moins je serai là-bas, bref, désormais mes projets pro passent avant… Pour la première fois je fais face à une désapprobation sociale, aussi: je sens bien que mon chômage s’éternise un peu trop au goût de tout le monde… Pourtant j’ai cotisé, mes parents ont cotisé, et puis c’est même pas mon projet de vie, c’est un tremplin… Bref grosses révolutions dans ma vie en ce moment. Je risque de perdre des amis si ça continue. Je ne serai plus la « belle-fille modèle » non plus. Toute l’image de moi que je m’étais faite s’effondre. Et en même temps quand je postule pour plaire aux autres je sens clairement que ce n’est pas possible, c’est évident que c’est pas possible, enfin on fait pas sa vie pour les autres… Bref je lis toujours tout ce que je trouve sur ces sujets (chômage / travail / désapprobation sociale) car ça me rassure… Bon enfin je commentais juste pour dire, même dans les boulots qui ont du sens, si la hiérarchie te dévalorise (=salaire de merde, ne t’écoute pas quand tu as des difficultés, te sucre des « avantages » pourtant ridicules comme la prise en charge des repas à l’extérieur, etc), c’est la merde. Pourtant quand quelqu’un se soucie de toi tu as tellement envie de lui faire plaisir et de le satisfaire, c’est con…

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    1. Oui effectivement il ne suffit pas d’avoir un boulot intéressant, il faut aussi avoir un bon management et c’est là que les choses se compliquent encore plus !
      Le management à la con, j’ai connu ça aussi quand j’étais en alternance, et ça m’a encore plus dégoûtée du monde de l’entreprise. J’ai l’impression que c’est assez fréquent, malheureusement. Le monde du travail est (globalement) absurde et violent, et il pousse les gens à l’être aussi.
      Pour le chômage, il y a effectivement un côté « désapprobation sociale » très fort (avec peut-être un fond inconscient de jalousie aussi ?), mais ça reste une prestation pour laquelle tu as cotisé donc aucune « honte » à avoir 😉 Après un CDD l’année dernière j’ai volontairement pris plusieurs mois off et ça a été une super période. J’étais bien plus épanouie comme ça que dans un boulot (pourtant de cadre) à la con. Et je n’hésiterai jamais à le crier sur tous les toits !

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  8. Merci pour cet article qui me fait beaucoup de bien. Il exprime exactement mon état du moment qui me cause beaucoup de soucis et d’angoisse.

    J’ai moi-même suivi la voie classique du bon élève qui va en école d’ingénieur sans trop savoir où il va atterrir et vers quel métier il se dirige. Comme toi, j’ai été très déçu par mes quelques stages en entreprise, mais je me disais que ce serait mieux à la fin de mes études et que je trouverais un super job. Deux entreprises plus tard dans lesquelles j’ai pu faire un super bullshit job de consultant en management et un boulot de technico commercial vide de sens, j’ai décidé de tout quitter. J’en avais assez de de la vie parisienne, de ces boulots à la con où le présentéisme est roi et où le sens est complètement absent. Assez de rester au bureau jusque tard alors que mon travail était bouclé en quelques heures ; je passais alors le reste de mon temps de « travail » sur Facebook, ainsi qu’à chercher une solution pour gagner ma vie d’une manière qui me convienne plus.
    J’ai finalement choisi de me réorienter et de faire une formation de plombier/chauffagiste pour enfin avoir un vrai savoir-faire. Je ne suis pas sûr de mon choix mais j’ai compris que je ne pouvais pas être heureux dans un job de cadre et dans le salariat, car il y a trop de paramètre que je ne peux pas contrôler et trouver le job qui me correspond dans ces conditions est bien trop fastidieux.
    Je ne suis pas sûr de mon choix, loin de là. Je me pose tous les jours la question: « tous ces sacrifices, ce temps passé à étudier pour ça? ». Mais il faut bien essayer d’avancer.

    Nous verrons donc où cela me mène. En revanche, il y a une chose que je sais, c’est que ma liberté est ce qui m’importe le plus et je vais tout faire à l’avenir pour la conserver au maximum.

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    1. Je me retrouve beaucoup dans ce commentaire (et beaucoup d’autres s’y retrouveront aussi, à n’en pas douter…) Avoir la force de dire « non, cette vie-là ne me convient pas » et d’aller vers ce qui sera à même de nous épanouir, c’est déjà un très grand pas, bravo pour ça !
      Bonne chance, et du bonheur pour la suite de ton parcours 🙂

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