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Elles vécurent heureuses et n’eurent pas d’enfants

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Il y a quelques semaines, l’actrice Sand Van Roy, qui accuse Luc Besson de l’avoir violée dans une suite du palace le Bristol, a été soumise à une expertise psychiatrique. Étrange inversion des rôles, mais passons, ce n’est pas le sujet de l’article. Ce qui nous intéresse, ce sont les conclusions rendues par l’expert :

« Le sujet ne se vit pas comme future mère, ce qui révèle un état névrotique histrionique essentiellement tourné vers la réussite professionnelle ».

Non, vous ne rêvez pas : ces lignes n’ont pas été écrites en 1687, mais bien en 2019.

En 2019, nous sommes capables d’envoyer des fusées dans l’espace, mais pas de comprendre que le désir d’enfant n’est pas universel.

En 2019 toujours, nous continuons à qualifier les femmes pourvues d’ambitions autres que maternelles de « névrotiques ». Rien à faire : elles ne passent pas le contrôle technique de la féminité.

Mais oui ! Forcément malades, traumatisées, dysfonctionnelles, celles qui se refusent à la si merveilleuse aventure de la maternité – à laquelle on les dresse pourtant depuis le plus jeune âge.

Passons sur l’absence de lien entre les accusations portées par la victime et sa non-envie de devenir mère (non, décidément : on ne voit pas), pour nous intéresser à ce sujet encore tabou : les femmes qui ne veulent pas d’enfants 

Je dis bien « femmes », car les hommes sans enfants, s’ils peuvent recevoir quelques commentaires étonnés à l’occasion, sont loin de subir la même pression sociale. Un homme qui ne veut pas devenir père n’est pas un sujet : tout au plus, il sera un objet de curiosité fugace. C’est que l’identité masculine n’est pas directement corrélée à la paternité – en tout cas, elle est loin de se réduire à ce seul élément.

En effet, les hommes ont le droit – on pourrait même dire le devoir – d’être bien autre chose que des pères : on attend d’eux des ambitions, des projets, des entreprises, des rêves plus hauts que la ligne d’horizon de la banlieue résidentielle à laquelle on persiste à cantonner les femmes.

D’ailleurs, pour eux, la paternité est souvent considérée comme la fin des réjouissances, le glas de la jeunesse, un piège dans lequel ils finiront probablement par tomber, au mitan de leur paisible vie d’adulte, poussés par quelque femelle machiavélique.

Il y a donc là un véritable double standard. Qui sert habilement, comme nous le verrons ensuite, la cause de la domination masculine.

*

En réalité, cet article ne devrait pas faire plus de 2 lignes : il y a des femmes qui veulent des enfants, et d’autres qui n’en veulent pas. Les êtres humains ont des aspirations différentes, et c’est bien normal en plus d’être souhaitable.

Hélas, dans une société patriarcale comme la nôtre, ce qui devrait n’être qu’un simple état de fait devient tout de suite un sujet politique.

Car la féminité a été socialement construite en association avec la maternité, et le destin des femmes subséquemment réduit à leurs fonctions biologiques. Cela dure depuis des temps immémoriaux, et nous ne parvenons toujours pas à sortir des ornières de ce mythe archaïque.

Pourtant, il est important de dissocier la maternité, une possibilité naturelle qui n’est ni « obligatoire » ni inéluctable, du cadre dans lequel elle s’exerce (1). Nous avons choisi d’associer la féminité à la maternité, tout comme nous avons choisi d’associer la masculinité à la force et à l’ambition. Nous sommes né.e.s dans un monde qui nous présente les choses de manière catégoriquement binaire : il y a les hommes qui partent chasser le mammouth d’un côté, et les femmes qui élèvent les enfants de l’autre. Et c’est vrai qu’il est tellement plus facile, pour notre cerveau paresseux, de ranger les individus dans des petites boites (les neurosciences ont effectivement confirmé que notre cerveau est conditionné pour adhérer aux stéréotypes). Le problème, c’est que nous perdons les pédales lorsque nous voyons des personnes qui dérogent à ce script genré – en théorie – parfaitement huilé. Notre vision du monde s’en trouve bouleversée, ce qui nous affole. Quoi ? C’est une femme et elle ne veut pas d’enfant ? Quoi ? C’est un homme et il ne sait pas conduire ? Mais… ce n’est pas ce qu’on m’a appris !

 

(1) A ce sujet, l’argument de la « nature » peut vite être mis au tapis : si les hommes produisent environ 100 millions de spermatozoïdes par jour, il semblerait que cela ne les voue pas pour autant à un instinct de reproduction dévastateur. En tout cas, nous insistons beaucoup moins sur le sujet.

 

Obligation

Les femmes et les enfants d’abord, donc. On en est encore là.

Ça commence à faire longtemps, pourtant, qu’on s’est attaquées à déconstruire la maternité et ses prétendus délices universels. Betty Friedan l’a fait de façon magistrale dans son livre « La femme mystifiée » (lisez cet ouvrage féministe indispensable, qui vient d’être réédité aux éditions Belfond) en décrivant le « malaise féminin qui ne dit pas son nom » des mères au foyer des années 60 noyées dans l’alcool et les antidépresseurs. D’autres ont suivi, comme la sociologue israélienne Orna Donath et son étude « Regretting Motherhood » (Regretter la maternité), qui se penche sur les femmes qui regrettent d’avoir enfanté, n’ayant pas trouvé dans la maternité l’évidence merveilleuse qu’on leur avait promise.

Aujourd’hui, la parole se libère de plus en plus, sur Internet notamment. Formidable espace de liberté où l’on peut se délester, enfin, de tout ce que la société refuse d’entendre. Ce sont des femmes que les gosses indiffèrent, des femmes qui regrettent d’être devenues mères, des femmes qui aiment la compagnie des enfants mais n’en veulent pas pour autant, des femmes qui n’ont jamais ressenti l’envie – prétendument inexorable – d’être mère, des femmes qui en ont le ras le bol d’être réduites à leur utérus, ras le bol d’être infantilisées, humiliées, sermonnées par le corps médical pour avoir fait un choix qui ne regarde qu’elles.  La parole comme catharsis. Et puis on remonte à la surface, dans le grand bain de la vraie vie, et l’on se cogne à la réalité crue d’une société nataliste et patriarcale (les deux allant généralement de pair), qui voit dans le ventre des femmes une propriété collective. Non, rien n’a vraiment changé depuis l’an 1687.

Ils sont toujours là, les « et toi, tu t’y mets quand ? » des inconnu.e.s qui vous posent la question la bave aux lèvres, pressé.e.s de vous voir rentrer dans le moule, les gynécologues qui vous exhortent à penser à votre « projet d’enfant » (comme on parlerait d’acheter un nouveau canapé d’angle, ou de changer le carrelage de sa salle de bains) sitôt passée la barre des 30 ans, la cousine qui vous cale de force son môme dans les bras parce que « ça te va si bien » et « il faut que tu te prépares », les magazines féminins qui titrent « Mère, mon plus beau rôle » à côté de la photo de Julia Roberts en omettant de préciser que c’est facile de l’avoir, le beau rôle, quand on a les moyens d’engager une armada de nounous qui changent les couches à votre place.

Le droit à la contraception et à l’IVG – et plus globalement le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes – a beau être consacré, la société continue à exercer un droit de regard sur le ventre des femmes. Et à ostraciser, purement et simplement, celles qui se dérobent aux injonctions reproductives.

Même dans les quelques articles qu’on leur consacre, on tente désespérément d’apporter des justifications à ce choix de vie iconoclaste : ces femmes ont eu une enfance difficile, elles sont focalisées sur leur réussite professionnelle, elles n’ont pas eu de modèles de maternité positifs autour d’elles, elles sont un peu traumatisées, les pauvres, comment voulez-vous que la nature s’exprime chez de tels sujets ? Surtout, surtout, penser à rationaliser, intellectualiser, justifier, excuser, ramener un tant soit peu de logique dans ce choix de vie vu comme irrationnel. Si l’envie de se reproduire ne leur pince pas l’utérus, c’est forcément qu’il y a une anomalie quelque part, un défaut de fabrication.

Presque jamais la question de l’envie, pourtant logique, pourtant simple, pourtant implacable, n’est abordée. Écrire que ces femmes n’ont tout simplement pas envie, et qu’il n’y a rien d’autre à ajouter, c’est encore trop audacieux.

Alors, on pathologise leur absence de désir, comme si celui-ci ne pouvait nécessairement s’expliquer que par une expérience douloureuse, une enfance difficile ou un traumatisme ancien. Comme s’il ne pouvait tout simplement pas exister en lui-même.

Parfois, à court d’arguments, on finit par leur prêter des désirs inconscients, en avançant qu’au fond elles ont envie de devenir mères, mais qu’elles ne s’en sont pas encore rendu compte – ces gourdasses !  Une bonne thérapie, et tout reviendra à la normale.

 

Soumission

Mais pourquoi faisons-nous tout un foin de la maternité ? Pourquoi ne laissons-nous pas les femmes… choisir, tout simplement ?

Et les hommes : pourquoi ne sont-ils pas soumis aux mêmes injonctions, à la même pression à enfanter dans un cadre temporel ridiculement restreint, aux mêmes mythes tenaces sur l’horloge biologique ?

En réalité, pas besoin d’avoir bac + 8 en féminisme pour deviner pourquoi. En 1949, Simone de Beauvoir dénonçait déjà dans Le deuxième sexe la « morale sociale et artificielle qui se cache sous ce pseudo-naturalisme », écrivant que « l’infériorité de la femme [vient] originellement de ce qu’elle s’est d’abord bornée à répéter la vie tandis que l’homme inventait des raisons de vivre, à ses yeux plus essentielles que la pure facticité de l’existence » et que « enfermer la femme dans la maternité, ce serait perpétuer cette situation. »

En effet, conférer à la maternité un caractère « obligatoire » (parce que supposément naturel) permet d’acculer les femmes – avec leur propre consentement – à la sphère privée, où elles tiendront un rôle nécessairement réduit et parfaitement inoffensif.

La domination masculine a besoin de sacraliser la maternité pour continuer à exister. Elle a besoin de glorifier la nature douce et maternelle des femmes pour les délégitimer dans les postes de pouvoir, pour les dissuader d’avoir d’autres projets que celui de fonder une famille, et pour leur ôter du temps, du pouvoir, de l’autonomie – en somme, pour les contraindre à la passivité.  De tous temps, les hommes ont utilisé la maternité comme un instrument de soumission des femmes. Il est vrai qu’alourdie par une grossesse, puis « empêchée » par un ou plusieurs enfants dont on a la charge quasi-exclusive, il est bien plus difficile de se consacrer à sa carrière, ses projets, ses opinions politiques, et tout ce qui relève historiquement du « territoire masculin ».

Alors, le conditionnement doit commencer dès le plus jeune âge, avec des poupées, des dînettes, des petits boulots de baby-sitting, des injonctions à être serviable et attentionnée. Avec des petites phrases, semées çà et là comme les cailloux du Petit Poucet : Tu verras quand tu auras des enfants… Quand tu seras maman… Et ça marche : les femmes s’emparent avec soulagement de cette « identité » maternelle qu’on leur confère, y trouvant sans doute le réconfort d’être enfin validées, reconnues et approuvées par le corps social.

Enfin, un rôle qu’elles pourront occuper en toute légitimité. 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : qu’elles soient conscientisées ou non, les injonctions à la procréation ne sont que la traduction d’une misogynie institutionnalisée, qui voit dans les femmes non pas des personnes à part entière, mais des utérus à combler.

Interchangeables.

Assigner les femmes à la maternité, c’est donc asseoir la division du genre et ainsi légitimer les inégalités (de salaires, d’emploi, de répartition des tâches…), par l’excuse fallacieuse de la « nature ».

 

 

Mystifications

En dépit des immenses progrès du féminisme ces dernières décennies, nous sommes resté.e.s bloqué.e.s plusieurs siècles en arrière en ce qui concerne la maternité.

Malgré quelques (timides) tentatives de démystification, nous restons désespérément englué.e.s dans un archaïsme primaire, un fatalisme naturaliste dépassé qui réduit les individus (les femmes, en réalité) à leurs seules fonctions biologiques. Si elles ont un utérus, c’est nécessairement qu’elles devront s’en servir un jour. Si elles peuvent avoir des enfants, c’est forcément qu’elles le veulent. Et si ce n’est pas le cas aujourd’hui, ça le sera demain – comme si, au fond, nous n’étions rien d’autre que les proies d’une nature tyrannique.

Et l’influence de la psychanalyse, discipline depuis longtemps confite dans un sexisme crasse, n’aide pas à dépasser cette conception. « L’essence féminine », « le désir inconscient de grossesse », « l’instinct maternel » sont des idées encore largement relayées, même si l’on sait aujourd’hui qu’elles ne sont que des constructions sociales… et sexistes.

Quant au féminisme, s’il a beaucoup évolué depuis une cinquantaine d’années, il a étonnamment laissé de côté la question de la maternité, la remettant peu en cause, si ce n’est pour affirmer que le corps des femmes leur appartient et qu’elles auront un enfant si elles le veulent, quand elles le veulent. Manque de conviction ou peur de s’attaquer à un tabou millénaire ?

Peu de féministes ont osé remettre en cause de manière frontale l’assignation des femmes à la maternité, si ce n’est quelques militantes radicales dont la voix porte peu au-delà de leur sphère d’influence.  La plupart des groupes féministes, s’ils se réjouissent évidemment du droit des femmes à disposer de leur propre corps, échouent à remettre en question ce qui constitue pourtant une source majeure d’inégalités – voire, dans certains cas, un piège en bonne et due forme. Et continuent à associer les femmes aux enfants et à réclamer à cors et à cris qu’on protège les « mères », renforçant ainsi d’antiques stéréotypes sur la vulnérabilité féminine.

Certains courants essentialistes vont même jusqu’à porter aux nues une prétendue mystique féminine qui trouverait sa source dans le pouvoir de donner la vie.

Oubliant de préciser que pouvoir n’est pas vouloir.

Résultat : le sujet de la maternité reste aujourd’hui un angle mort du féminisme.

Et si, avant de se plaindre que les femmes continuent à avoir la charge des enfants et que rien ne change, on commençait par rappeler que la maternité n’est en rien une obligation ?

 

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Sorcières

Si les femmes sans enfants dérangent, c’est parce qu’elles dérogent à l’ordre social, à ces trajectoires réglementées (naître ; se reproduire ; mourir) qu’un héritage commun a gravées au fer rouge dans nos cerveaux. Il y a cette peur irrationnelle, aussi, d’une « grève des ventres » qui provoquerait un effondrement de la civilisation. Pourtant, la surpopulation grandissante (nous serons 11 milliards d’humains en 2100) devrait plutôt nous inciter à appeler de nos vœux une baisse globale de la natalité

Mais il y a aussi et surtout le fait que ces femmes s’émancipent des attendus sociaux de la féminité. Elles ne sont pas seulement libres et indépendantes (donc dangereuses) : elles sont aussi dans la transgression d’un tabou. Sans enfants, donc sans attaches, elles seront plus à même de s’aventurer sur les territoires masculins du pouvoir, de la politique, de l’ambition (dans l’imaginaire collectif en tout cas : car on peut très bien n’avoir aucune ambition particulière tout en étant « childfree »). En somme, elles seront libres de devenir des hommes comme les autres.

La docteure en psychologie Edith Vallée, qui étudie le non-désir d’enfant depuis les années 70, explique à ce sujet : « L’injonction à faire des enfants pour que la société se renouvelle reste un inconscient collectif archaïque qui perdure car il est profond. Les femmes childfree perturbent l’ordre du monde […] elles bouleversent ce qui était attendu d’elles ».

On le constate en lisant sur Internet les nombreux témoignages postés sur les forums « childfree », où les femmes relatent leur difficulté à assumer leur choix dans une société pro-maternité :

« Quand j’en ai parlé à ma psy, elle m’a dit qu’il devait y avoir une raison à ma non-envie d’avoir des enfants. Selon elle, si on en trouve l’origine, je pourrais me « débloquer » et envisager enfin d’en avoir ».

« On me dit que je ne suis pas normale, on me traite d’égoïste »

« L’autre jour, je parlais avec un collègue. Il m’a demandé mon âge. Quand j’ai répondu que j’avais 28 ans, il m’a dit ‘ »il serait peut-être temps de nous faire un môme ».

« Mon mari ne reçoit jamais de réflexion sur le fait qu’il n’ait et ne veuille pas d’enfants, très peu de gens abordent le sujet avec lui alors que pour moi c’est différent. »

« Récemment, j’ai commencé les démarches pour la contraception définitive (stérilisation). J’ai dû pour ça obtenir une lettre de mon généraliste, qui me permettait de faire ma demande à un chirurgien. J’ai cru que je lui demandais l’autorisation de me faire couper un membre ! Je passe sur les réflexions du genre  » et si un jour vous êtes avec un homme qui veut des enfants ? « 

« J’ai un stérilet au cuivre pour 5 ans, il m’en reste actuellement 2. Ma gynéco m’a fait comprendre à mon dernier rendez-vous qu’en décembre qu’en 2020, date butoir, elle me l’enlève et ne m’en remet pas car c’est pour elle ma seule chance d’avoir un enfant (à cause d’un souci de santé, je n’ai « droit » qu’à une seule grossesse). J’ai l’impression de ne pas avoir le choix. »

 

Mais si nous étions réellement tenaillé.e.s par l’envie de nous reproduire – de manière fatale, inexorable, prédéterminée – les injonctions à la maternité n’existeraient pas. Nous y passerions toutes, dans le calme et l’intimité, sans qu’il n’y ait besoin de nous « convaincre ». Et les hommes, tout êtres humains qu’ils sont, ressentiraient aussi cette envie.  Or, ce que nous appelons « l’horloge biologique » semble ne faire entendre son tic-tac obsédant qu’aux seules femmes.

Bienheureux hasard.

*

Non, toutes les femmes ne veulent pas avoir des enfants. Non, il n’y a aucun problème avec celles qui ne se voient pas mères, si ce n’est notre vision courte et nos croyances sexistes. Et oui, elles vont bien, peut-être même mieux, d’ailleurs, que celles qui se sont engouffrées dans la parentalité sans jauger leurs envies profondes ni mesurer les bouleversements que cela implique, en réponse à une pression sociale parfois suffocante.

Car si l’on peut regretter de n’être jamais devenue mère, on peut aussi regretter d’avoir eu un enfant. 

Lorsque nous associons par réflexe les femmes à la maternité, nous raisonnons avec notre cerveau archaïque. Mais rappelons-nous que nous sommes au XXIe siècle. Avoir la possibilité de donner la vie ne signifie pas qu’on doit ni qu’on désire le faire.

De nombreuses vies gâchées, tragédies, maltraitances, difficultés pourraient être évitées si l’on cessait de réglementer si strictement les trajectoires féminines.

Car c’est très simple en réalité. Répétez après moi : il y a des femmes qui veulent des enfants, et d’autres qui n’en veulent pas.

 

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Championnes de l'(in)égalité

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Depuis le 1er mars 2019, les entreprises françaises de plus de 1000 salarié.e.s doivent publier sur leur site Internet leur « index de l’égalité homme-femme », un outil créé par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, qui permet d’évaluer les différences de rémunération dans chaque entreprise – et de les corriger, le cas échéant. Il s’agit de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat en matière d’égalité salariale.

Cet index attribue une note globale sur 100 qui se base sur cinq critères différents : écart de rémunération entre les femmes et les hommes, écart dans les augmentations annuelles et dans les promotions, augmentation des salariées au retour de congé maternité et présence d’au moins 4 femmes parmi les plus 10 hautes rémunérations de l’entreprise. La note minimum à atteindre est de 75/100 : en dessous de ce seuil, les entreprises disposent d’un délai de 3 ans pour résorber les écarts.  

Parmi les entreprises qui ont dévoilé leur note, on constate avec surprise que la majorité brille par ses superbes résultats : la Maif obtient par exemple une note de 99/100, Sodexo Hygiène et Propreté 100/100, Alstom 95/100, L’Oréal 90/100 et Monoprix, 98/100. Étonnant, dans une société où les inégalités au travail sont une réalité minutieusement documentée. 

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Nous serions-nous rapproché.e.s de l’égalité pleine et entière ces dernières années, sans même nous en être rendu compte ?

Eh bien en fait… non.

Tout d’abord, si les notes affichées paraissent aussi exemplaires, c’est parce que l’index  de l’égalité hommes-femmes présente des biais importants :

  • L’existence de seuils de pertinence de 5 points pour le calcul des écarts de rémunération. Si l’écart est de 15 % entre les femmes et les hommes cadres dans une entreprise donnée, on n’en retiendra donc que 10 %. Et à âge et poste comparable, un écart de 5% entre les femmes et les hommes sera considéré comme inexistant (!).
  • Un manque de transparence : en effet, les entreprises sont uniquement tenues de publier la note globale de leur index, et non le calcul détaillé. Des contrôles sont certes prévus par l’inspection du travail, mais cela n’empêchera probablement pas quelques petits arrangements avec la réalité… Par ailleurs, pour avoir vu de l’intérieur comment une entreprise calcule son index, je peux affirmer qu’elle ne le fait pas en se demandant comment elle pourrait profiter de l’occasion pour résorber les écarts de salaire existants, mais comment elle pourrait bidouiller pour obtenir le plus haut score possible et s’éviter ainsi 1) de payer une pénalité financière, 2) de se taper la honte auprès du grand public.
  • Il n’existe pas de critère sur le nombre de femmes dirigeantes. Or, le plafond de verre est une réalité tenace, qui constitue le paroxysme des inégalités au travail et participe – entre autres – de la moindre rémunération des femmes sur le marché du travail. Les femmes ne veulent pas seulement des salaires égaux : elles veulent aussi, et cela va avec, des évolutions de carrière égales.
  • Comme dit plus haut, le score minimum à atteindre est de 75/100 (en dessous, les entreprises s’exposent à une pénalité financière pouvant aller jusqu’à 1% de la masse salariale). Ces dernières ne sont donc pas incitées à atteindre l’égalité réelle, le 100/100 qui ne s’accommode d’aucun seuil de « tolérance » –  comme si l’on pouvait tolérer un petit peu d’inégalités. L’égalité salariale n’aurait-elle qu’une importance relative, puisque certaines insuffisances sont acceptables en la matière ?

Enfin, cet index est également biaisé en ce qu’il ne propose aucun outil pour mesurer – et corriger – la division sexuée du travail, c’est-à-dire le cloisonnement des filières par genre. Il se contente de mesurer des niveaux de « responsabilité » équivalents. Or, certains postes ne sont pas comparables, tant en termes de contenu que d’évolution de carrière. Par exemple, un poste de technicien de maintenance ne saurait être comparé à un poste d’assistante administrative (je genre volontairement au masculin et au féminin), même si les niveaux de responsabilité sont en théorie similaires. On sait que la division sexuée du travail contribue fortement à la persistance des inégalités salariales. Tant que les femmes resteront majoritairement cantonnées aux fonctions les moins valorisées et les moins rémunératrices des entreprises, l’égalité restera un vain mot.

Une fois qu’on a dit tout cela, on se rend compte que même des entreprises « bien notées » pourront donc, en réalité, cacher des disparités de salaire – et de carrière – importantes.

Prenons le cas de LVMH, par exemple, qui affiche une note de 90/100 à l’index de l’égalité hommes-femmes. Au premier abord, on pourrait avoir envie de saluer la performance –  d’autant que 65 % de ses cadres sont des femmes.

Mais quelle est la réalité en interne ? Que cachent ces chiffres – a priori – positifs ?

Il suffit de se pencher sur la composition des instances dirigeantes de l’entreprise pour déchanter : son conseil d’administration ne compte que 40 % de femmes (elles étaient 23,5% en 2015) et son comité exécutif, haut lieu de décision stratégique par excellence, ne compte que deux femmes sur douze membres. En matière d’égalité, on a vu mieux.

Quant à l’entreprise Alstom, qui se targue d’avoir obtenu une note de 95/100, elle ne compte pourtant qu’une seule femme sur les 17 membres de son équipe de direction !

Y a t-il vraiment de quoi se féliciter ? Est-ce cela qu’on entend par « égalité entre les femmes et les hommes au travail » ?

À moins, bien sûr, que notre société n’ait de cette égalité une conception particulière – qui serait satisfaisante même sous la forme d’une égalité relative, partielle, incomplète (liste d’oxymores non exhaustive), il est difficile de se réjouir du tableau offert par le paysage des entreprises françaises.

Et si l’idée de départ était intéressante, force est de constater que ce nouvel index fait flop. Incomplet et paresseux dans ses ambitions, instrumentalisé par les entreprises à des fins de communication, il n’engendre pour l’instant que des discussions superficielles et des distributions de bons points non mérités – tout en évitant les profondeurs d’un débat qui mériterait pourtant plus de sérieux.

 

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Une entreprise dont le conseil d’administration est présidé par un homme, dont 2 vice-président.e.s sur 3 sont des hommes, tout comme les 3 administrateurs délégués auprès du président, obtient un score « maximal »

 

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Que ferions-nous sans cet acteur majeur, dont l’équipe de direction ne compte qu’une femme sur 8 membres ¯\_(ツ)_/¯

 

*

Ouvrons le débat, justement.

On justifie souvent les inégalités au travail par l’autocensure des femmes, qui « n’oseraient pas », « limiteraient leurs ambitions », « manqueraient de confiance en elles ». Assurément, l’autocensure (et le manque d’assurance) des femmes est une réalité, qui découle en partie de la façon dont elles sont éduquées. Mais elle ne saurait justifier à elle seule l’ensemble des inégalités au travail. Rejeter la responsabilité d’une domination structurelle sur les sujets dominés (en l’occurrence les femmes) est certes commode – rien de mieux pour clore la discussion – mais c’est aussi particulièrement malhonnête.

Il suffit de se pencher sur les études qui ont été menées sur le sujet des inégalités professionnelles pour s’en rendre compte : ce qui est à l’œuvre, ce n’est pas une timidité féminine « naturelle » ou un manque d’appétence des femmes pour les postes de pouvoir, mais bien un système de domination qui dépasse largement la sphère de la responsabilité individuelle.

Par exemple, plusieurs études ont montré que les femmes sont aussi ambitieuses que les hommes lorsqu’elles débutent leur carrière et ce, quel que soit le poste qu’elles occupent. Mais leur ambition décroît au fil des années à cause des obstacles auxquels elles doivent faire face au travail. Fatiguées de composer avec les aléas de la misogynie ordinaire, les femmes finissent (souvent) par se décourager. La professeure de psychologie sociale Michelle Ryan, qui a longuement travaillé sur le sujet, explique que la baisse graduelle d’ambition des femmes serait due « au manque de soutien, de mentors ou de modèles féminins auxquels s’identifier, mais aussi aux préjugés auxquels [les femmes] sont régulièrement confrontées ».  Fait intéressant : par comparaison, l’ambition des hommes… augmente avec le temps !

Dans la même veine, le cabinet de conseil Bain & Company a interrogé plus de 1000 femmes et hommes sur leurs ambitions futures, en leur posant les questions suivantes : « Aspirez-vous à obtenir un haut poste dans une grande entreprise ? » et « Avez-vous confiance dans le fait d’obtenir un jour un tel poste ? ». Les femmes ayant moins de 2 ans d’expérience professionnelle répondaient positivement, leurs ambitions dépassant même légèrement celles des hommes. Mais les femmes ayant plus de 2 ans d’expérience voyaient leurs aspirations et leur confiance chuter de respectivement 60 et 50%, ce déclin étant indépendant des changements personnels comme le mariage ou la maternité. Par comparaison, les hommes voyaient leurs ambitions baisser de 10% seulement.

De là à dire que seules 2 années d’expérience professionnelle suffisent pour saper l’ambition et la confiance des femmes en leurs capacités… il n’y a qu’un pas !

 

 « Oui mais quand même, les femmes ont tendance à manquer d’assurance », nous rétorquera-t-on. « Elles osent moins, demandent moins d’augmentations et de promotions que les hommes. Au travail, il faut savoir s’imposer ».

Eh bien, permettez-moi de vous suggérer d’aller jeter un œil à cette étude parue en 2018  dans la Harvard Business Review. 

On y apprend que, contrairement à une idée reçue tenace, les femmes demandent autant d’augmentations que les hommes… mais sont moins susceptibles de les obtenir que leurs homologues masculins.

Une autre étude confirme ces résultats, tout en montrant que les femmes tendent à être jugées (et récompensées) pour leurs résultats effectifs, tandis que les hommes le sont pour leur potentiel présumé.

De quoi mettre à mal ce cliché qu’on nous ressert souvent comme une mauvaise soupe, selon lequel les inégalités au travail trouveraient leur source principale dans les innombrables « manques » (de confiance, de volonté, d’assurance, d’ambition…) des femmes. 

 

*

La rhétorique égalitaire des entreprises – qui procède avant tout d’un certain opportunisme, comme une leçon apprise par cœur – ne doit pas nous faire oublier que de nombreuses inégalités perdurent en matière de qualification des emplois, de carrière, de rémunération, de temps et de conditions de travail.

En France, aucune femme n’est PDG d’une entreprise du CAC 40, et l’on continue à parler des « grands patrons », une précision langagière qui, pour paraître anodine, n’en demeure pas moins révélatrice. Seules Isabelle Kocher et Sophie Bellon, qui sont respectivement directrice générale d’Engie et présidente du conseil d’administration de Sodexo, dirigent de grandes entreprises. Fait notable, cette dernière est aussi la fille de Pierre Bellon, fondateur du groupe Sodexo. Sans remettre en cause ses compétences, ne peut-on pas s’interroger sur le fait que le népotisme soit souvent l’une des seules portes d’accès des femmes à des postes de pouvoir ?

À l’autre bout du spectre hiérarchique, les postes d’assistante et de secrétaire restent très majoritairement occupés par des femmes. Le schéma archaïque des petites mains féminines qui soutiennent et épaulent le travail réalisé par les hommes demeure, comme gravé dans la pierre. À quand une généralisation des hommes assistant des femmes de pouvoir ?

C’est ce que l’on appelle la ségrégation verticale. Ainsi, dans les plus hautes strates de ce mille-feuilles qu’est l’entreprise, les femmes sont comme l’oxygène au sommet : elles se raréfient.  Leur part dans les instances de direction des grandes entreprises est en effet très faible : au total, elles représentent 13,9 % des membres de ces instances et 11,9% des membres des comités exécutifs.

Historiquement, le pouvoir a toujours été considéré comme intrinsèquement masculin. De fait, l’incursion massive des femmes dans le monde professionnel, bien qu’elle soit aujourd’hui socialement acceptée, ne va pas sans rencontrer de résistances. Des résistances individuelles, bien sûr, mais aussi collectives et structurelles. Invisibles, elles sont plus difficiles à discerner – et donc à combattre.

Mais il n’est plus possible aujourd’hui de trouver normale la (relative) absence des femmes aux plus hauts postes et lieux de décisions ; plus possible de croire que leur mise à l’écart des instances dirigeantes n’est qu’un malheureux hasard, alors même qu’elles sont statistiquement plus diplômées que les hommes. Comment ne pas voir dans cette « éviction » de la moitié de la population mondiale un acte délibéré, qui s’inscrit dans l’héritage consenti d’un système global de domination des hommes sur les femmes ?

En 2019, nous ne pouvons plus trouver « normal » que des entreprises du CAC 40 ne comptent aucune femme au sein de leur comité exécutif (Airbus, Arcelor Mittal, Bouygues, Solvay, STMicroelectronics, Vinci et Vivendi pour ne pas les nommer). Qu’est-ce que cette situation nous dit du pouvoir, et de la façon dont nous le concevons ? Qu’est-ce qu’elle nous dit de nos représentations des femmes ?

Nous devons enfin comprendre que ce différentiel grossier n’est pas la conséquence inévitable d’un ordre « naturel », ni d’un déterminisme qui nous dépasse fâcheusement, mais bien une construction sociale et sexiste qu’il ne tient qu’à nous de renverser.

Non, la rareté des femmes aux postes de pouvoir n’a rien d’une fatalité, ni d’un malheureux concours de circonstances. Elle n’est que l’un des fruits du système patriarcal, qui a donné lieu à cet insidieux mécanisme qu’on appelle « plafond de verre » – soit les barrières invisibles qui excluent les femmes des niveaux hiérarchiques les plus élevés des organisations. Autrement dit, la responsabilité revient aux entreprises de mettre fin à cette phallocratie organisée.

*

Nous avons beaucoup parlé du plafond de verre, mais quelles sont les autres inégalités subies par les femmes sur le marché du travail ?    

Tout d’abord, elles occupent plus souvent que les hommes des emplois en CDD (12,9 % contre 8,8 %) et à temps partiel (30 % contre 8,3 % pour les hommes). Elles constituent aussi 80% des travailleurs pauvres.

En France, elles touchent en moyenne un salaire inférieur de 19 % à celui des hommes (en équivalent temps plein). Un écart qui s’élève à 9% à poste et compétences égales, chiffre considéré comme l’application directe de la discrimination.

On impute souvent les inégalités de salaire aux temps partiels subis, à la division sexuée du travail et à la maternité. Certes, ces éléments ont une influence évidente. Mais ce que l’on dit moins, c’est que le fossé des salaires se créé dès le début de la vie active.

Selon l’INSEE, pendant leurs six premières années de vie active, les hommes ont des salaires médians supérieurs de 10 % à ceux des femmes : 1 380 euros par mois, toutes primes comprises, pour les hommes contre 1 260 euros pour les femmes (chiffres de 2008).

Les écarts de salaire entre hommes et femmes débutants sont les plus élevés aux deux extrémités des niveaux de diplôme (sans diplôme et diplômés du supérieur). En moyenne entre 2003 et 2008, les hommes non diplômés gagnaient en début de vie active 23 % de plus que les femmes de même niveau.

À l’issue des masters et des thèses, enfin, les hommes touchent des salaires supérieurs de 16 % à ceux des femmes. Le temps partiel, peu fréquent chez les jeunes diplômé.e.s, ne peut pas expliquer à lui seul cet écart.

Et les femmes n’ont pas seulement des salaires inférieurs à ceux des hommes : elles sont aussi plus susceptibles d’effectuer dans le cadre de leur travail des tâches « subalternes » ou du moins sans rapport avec leurs compétences professionnelles, comme prendre des notes pendant une réunion, ranger la salle après un pot de départ, poster le courrier ou préparer le café. Il y a comme une transposition de la (supposée) domesticité féminine dans le cadre du travail, comme si l’essence même des femmes les condamnait à la réalisation de tâches accessoires, et ce même lorsqu’elles n’ont pas été embauchées pour ça.

Petite anecdote désespérante :

En poste dans un grand groupe français (pourtant très à cheval sur l’égalité homme-femme, comme quoi), je devais recruter un.e assistant.e juridique. Alors que je proposais le CV d’un candidat à la DRH, celle-ci m’a arrêtée en me disant d’un air gêné : « ah non, on ne peut pas prendre un garçon pour ce poste, il y a des missions d’assistanat, il va s’ennuyer ».  Après une pause de quelques secondes, elle a repris : « quoique, un garçon, ça changerait pour une fois ! », avant d’écarter à nouveau le CV du candidat.

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Et c’est bien sûr une femme – dotée d’un diplôme d’avocate, comme le candidat écarté ! – qui fut embauchée.

Ce micro-évènement est symptomatique de notre culture sexiste, qui ne cesse de cantonner les femmes – même brillantes, même surdiplômées – à des postes subalternes, où elles « aident », « assistent », « secondent », « soulagent ». Elle a un vagin ? Elle fera le café. Sera payée 20% de moins que son homologue masculin. Puis, le moment venu, se heurtera le crâne avec fracas contre le plafond de verre, qui joue les videurs invisibles de cet insupportable boy’s club à la sauce corporate. Un homme, à l’inverse, possède aux yeux de la société un potentiel de leader supposément naturel qui l’exclut de l’assistanat et des tâches élémentaires. Il n’a rien à prouver, quand bien même il serait d’une nullité crasse : son genre le légitime de facto. Cette présomption de légitimité du masculin explique sans doute en partie les carrières plus rapides et plus « ascendantes » des hommes.

Mais la naturalisation des compétences que nous opérons – et reproduisons – avec automatisme ne doit pas nous enfermer dans un fatalisme primaire : elle reste un construit social, tenace certes, mais auquel il est possible de mettre fin.

*

Recours au temps partiel, autocensure, maternité (voire même soupçon de maternité)… On aura beau tenter de justifier les inégalités au travail par une pluralité d’éléments exogènes, il reste que nos propres stéréotypes produisent une part importante des discriminations genrées. Faisons notre examen de conscience, même si c’est inconfortable : toutes et tous autant que nous sommes, nous avons une responsabilité dans la reproduction des inégalités au travail.

Certes, nous vivons au cœur d’un système de domination qui nous dépasse en tant qu’individu. Mais si les obstacles rencontrés par les femmes sur le marché du travail sont structurels, cela ne nous dispense pas d’une réflexion sur nos comportements individuels.

En attendant, ne soyons pas dupes face au feminism washing (1) opéré par les entreprises : si certaines, plus vertueuses que d’autres, ont effectivement à cœur de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, d’autres n’y voient qu’une occasion facile de redorer leur image.

Méfions-nous des belles annonces : entre ce qui est affiché et la réalité en interne, le fossé est parfois immense.

 

(1) Récupération du féminisme par opportunisme et/ou à des fins mercantiles, sans qu’il n’y ait de conviction réelle sur le sujet.

 

 Un podcast à écouter pour aller plus loin 

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Droit à l’IVG : Indignons-nous !

 

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Une journée ordinaire au cœur du patriarcat.

Mardi 12 mars, le Syngof, 1er syndicat des gynécologues obstétricien-nes en France, a appelé dans un email adressé à ses 1600 membres à une grève des interruptions volontaires de grossesse : « Préparez-vous à ce que le syndicat vous donne l’ordre d’arrêter les IVG si la ministre de la Santé refuse de nous recevoir ».

La raison de ce chantage : des revendications liées au plafonnement des garanties du FAPDS (Fonds de garantie des dommages consécutifs à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins dispensés par des professionnels de santé), une assurance professionnelle qui sert à indemniser les patient.es en cas de préjudice grave.

Si ce n’était pas si tragique, on aurait presque pu croire à une farce.

Dans quel monde des professionnels de santé dotés d’obligations éthiques et déontologiques, ainsi que d’un devoir de représentation, peuvent-ils se penser légitimes à bafouer le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes pour faire entendre leurs petites revendications ? Quelques jours après la Journée internationale des droits des femmes, la moitié de la population française se voit donc prendre en otage par un syndicat composé de médecins dont l’activité première consiste à soigner et aider les femmes. Quelle douce ironie.

Passons sur le fait que ce syndicat soit composé pour majorité d’hommes, ce qui est à peu près aussi ridicule que si une majorité de femmes dirigeaient le syndicat des andrologues (qui n’existe pas, mais c’est une autre histoire), ou décidaient d’ordonner l’arrêt à grande échelle des vasectomies.

Passons également sur le fait que des hommes adultes, et a priori dotés d’une intelligence en bon état de marche, n’aient rien trouvé de mieux que de prendre les femmes pour otages symboliques de leurs doléances, un peu comme si celles-ci n’étaient pas des êtres humains mais des objets à hypothéquer.

Ces propos honteux sous-entendent que l’IVG serait un droit optionnel, accessoire, négligeable. Pas vraiment un droit, d’ailleurs, mais une concession péniblement faite aux femmes, susceptible d’être révoquée par la simple volonté d’autrui.

Ils démontrent également l’absence de considération qu’ont ces médecins pour leurs patientes, et tout le mépris paternaliste, la bêtise, la négligence et le sexisme crasse qui les animent. Rappelons que l’actuel président du Syngof, Bertrand de Rochambeau, s’était illustré pour ses propos anti-IVG (qu’il comparait avec force nuance à un homicide) au micro de Quotidien en septembre dernier.

Qu’est-ce qui ne va pas avec cette bande de guignols pour qu’ils trouvent normal de brandir avec désinvolture la menace d’un arrêt des IVG, un peu comme on menacerait de priver de dessert un enfant récalcitrant ? Nous ne parlons pas seulement d’un acte médical ordinaire, quoique cela serait suffisant pour s’indigner : nous parlons aussi et surtout d’un droit fondamental.

« Si on ne fait pas des menaces qui inquiètent la société, nous ne sommes pas entendus », s’est défendu Jean Marty, ancien président du Syngof, à France Info.

Alors OK mon gars, mais les droits des femmes ne sont pas un épouvantail que l’on agite en tapant du pied quand on veut être « entendu ». De par ta profession, tu devrais en avoir conscience mieux que quiconque. Aux dernières nouvelles, tu es un foutu professionnel de santé doté de responsabilités importantes, pas un gamin de 5 ans qui menace de piquer une crise quand il n’est pas content.

Pour information, sache que le corps des femmes n’est pas et ne sera jamais un support aux revendications politiques d’autrui. On ne peut pas faire grève en privant un groupe de personnes d’un droit fondamental dont elles ont la pleine jouissance : dans ton monde malade, c’est peut-être une possibilité attrayante, mais cela n’existe pas dans un Etat de droit comme le nôtre. Et puis enfin, menace-t-on d’émasculer les hommes à la scie sauteuse pour faire entendre nos revendications féministes ? Je ne crois pas.

Pour rappel, une femme meurt toutes les 9 minutes d’un avortement clandestin dans le monde. Cet appel à la grève des interruptions volontaires de grossesse est donc particulièrement malvenu, en plus d’être illégal. En France, le droit à l’avortement existe depuis 1975 : il est le fruit d’une histoire difficile et d’une lutte de longue haleine. Même entériné par la loi, il est hélas régulièrement menacé et remis en question. Et c’est précisément la raison pour laquelle le Syngof s’est cru légitime à pouvoir appeler ses adhérent.e.s à une « grève » des IVG. S’il est rentré dans la loi, ce droit n’est (toujours) pas rentré dans les mœurs. En témoigne la stigmatisation dont font l’objet les femmes qui y ont recours, même lorsqu’elles sont sûres de leur choix, même lorsqu’elles le vivent tout à fait bien, même lorsqu’elles en ressortent libres et soulagées.

Et qu’importe que le statut professionnel de ces médecins les soumette à certaines obligations déontologiques – dont celle, essentielle, de respecter la volonté des patient.e.s. Les droits des femmes sont si peu importants à leurs yeux qu’ils peuvent clamer haut et fort leur volonté de pratiquer le délit d’entrave à l’IVG de manière organisée, sans en ressentir aucune honte ni gêne.

C’est dire l’estime qu’ils portent à leurs patientes.

*

Puisque des professionnel.lle.s de santé peuvent apparemment exercer leur métier à la carte, et selon leurs desiderata, on attend donc avec impatience la grève des transplantations cardiaques, la grève des prises de sang, la grève des IRM et la grève des consultations de médecins généralistes.

Mais… OH, attendez ! Ce pourrait-il que le droit des femmes à disposer de leur propre corps soit le cœur même de cette sinistre affaire ? Pourquoi ne pas avoir plutôt réclamé une grève des frottis ou une grève des accouchements ?

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La réponse est simple : parce que l’IVG est encore et toujours le diable des actes médicaux, et qu’il n’est toujours pas considéré comme un droit « comme les autres », un droit « qui va de soi », mais plutôt comme une largesse concédée aux femmes, soumise à conditions et surtout à la bonne volonté de celui ou celle qui le pratique.

Une ambivalence légitimée par l’existence de la clause de conscience, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer une interruption volontaire de grossesse (tout en contribuant à diaboliser cet acte médical pourtant « ordinaire »). N’y a t-il pas là une contradiction dérangeante ? Un droit fondamental peut-il être révoqué par la seule volonté d’un individu ?

Par ailleurs, si un.e gynécologue répugne à pratiquer des IVG de par ses « convictions », ne devrait-il/elle pas plutôt se diriger vers l’expertise-comptable ? Il paraît qu’on y fait également de très belles carrières.

*

Les mecs – je dis « les mecs » parce qu’il y a apparemment peu de femmes dans votre petit cénacle, ce qui est un peu ironique sachant qu’elles sont les premières concernées… mais vous nous direz quand on sera autorisées à prendre des décisions sur nos propres corps, hein ! –, sachez qu’aucun mot ne pourra jamais exprimer la force et l’intensité de mon mépris. Allez, du balai ! Il est temps que cette médecine de l’ancien monde disparaisse pour laisser enfin place à des professionnel.lle.s de santé dignes et engagé.e.s, qui ont à cœur de soigner et aider les femmes qui en ont besoin, et qui surtout ne voient pas dans leur profession l’opportunité d’occuper une position de pouvoir qui répond à leurs vieux fantasmes merdiques de domination.

Parce qu’il y en a assez.

Assez que les hommes aient la mainmise sur les corps des femmes.

Assez que le droit à l’IVG soit manipulé comme un vulgaire épouvantail. Un droit (durement) acquis n’a pas à être remis en cause, ni soumis à conditions.

Assez que des professionnels de santé décident des tâches qu’ils veulent bien accomplir dans le cadre de leur travail, comme si celui-ci était à la carte.

Assez que les femmes subissent jusque dans leur chair la misogynie crasse et la volonté de domination de certains hommes.

Assez que les décisions qui concernent le corps des femmes soient majoritairement prises par des hommes (âgés et – souvent – réactionnaires, pour ne rien arranger). Cette ingérence est aussi ridicule qu’insupportable.

Assez que les lieux où s’exerce le pouvoir et où se prennent les décisions ne laissent entrer que les femmes au compte-goutte, alors que celles-ci représentent 52% de la population mondiale.

Assez.

A l’heure où j’écris cet article, l’Ordre des médecins a fermement rappelé à l’ordre le Syngof dans un communiqué dénonçant une « contravention claire aux obligations déontologiques » des gynécologues. « Quelles que soient les revendications des médecins adhérents au Syngof quant à leur couverture assurantielle, ils ne sauraient à ce seul motif mettre en difficulté des femmes, en se retirant de soins auxquels la loi leur donne accès », précise-t-il.

La ministre de la santé Agnès Buzyn a quant à elle dénoncé le « caractère inadmissible de ces menaces ».

Et s’il n’est pas question de jeter le discrédit sur toute une profession, je ne saurais que trop vous encourager à consulter des sages-femmes, qui sont, rappelons-le, aptes à s’occuper du suivi gynécologique des femmes en bonne santé (dépistage, frottis, information sur la contraception, etc).

Une militante du Groupe F, Anaïs Leleux, a également conçu un formulaire qui permet d’envoyer un mail automatique enjoignant l’Ordre des médecins à prendre des mesures vis-à-vis des Dr Marty, de Rochambeau et de la Secrétaire générale du syndicat, Elisabeth Paganelli. À vos claviers !

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Cette étrange absence du corps des hommes

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On parle beaucoup du corps des femmes.

C’est toute une mystique qui l’entoure.  Il fait peur, ce corps, il fascine, il obsède, il dérange, il scandalise. On le dénigre, on l’insulte, on le jauge, on le contrôle, on l’enferme, on le cache, on l’exhibe. Parfois, dans un étrange moment d’accalmie, on le porte aux nues. Il y a là bien plus qu’une véritable contradiction : une obsession collective.

Le corps des femmes est partout : dans les médias, dans la rue, dans les publicités, les livres, les films, sur les trottoirs, dans les conversations, dans les lois. Il n’est jamais comme il faut, trop gros, trop maigre, trop vieux, trop excitant, trop pudique, trop présent ; dégoûtant lorsqu’il saigne, lorsqu’il donne la vie, lorsqu’il prend de la place, lorsqu’il exhibe ses poils, sa chair, son sang ; outrageant lorsqu’il se montre, lorsqu’il fait l’amour, lorsqu’il exprime de l’ambition, lorsqu’il refuse d’être limité à ses fonctions biologiques, lorsqu’il se tient fièrement.

Cela lui laisse bien peu d’occasions d’être regardé avec tendresse.

Liberté sexuelle, liberté de se vêtir, désir, virginité, natalité, reproduction, IVG… Le corps des femmes se trouve à l’entrecroisement d’un grand nombre de sujets sociétaux. Partout on le commente, on l’analyse, on le scrute. On l’apprécie (de temps en temps), on le réprimande (beaucoup). On chante ses louanges lorsqu’il se conforme aux normes esthétiques et morales édictées par le patriarcat ; on le décrie dès qu’il s’en écarte. Pour les femmes, c’est un véritable exercice d’équilibriste. On l’utilise pour vendre, on l’exploite jusqu’à la dernière goutte de sang, tout en blâmant l’impertinence du procédé. On inspecte ses contours, on légifère sur ses droits, ses non-droits, ses limites ; on le traîne même, à certains endroits du monde, dans les prétoires.

Mais quelque chose ne va pas.

Partout où l’on regarde, nous ne pouvons que constater l’absence du corps des hommes. Ce corps qui n’est ni examiné, ni contrôlé, ni même regardé. Son esthétique, sa morale qui échappent à toute codification. Il n’est pas seulement silencieux : il est aussi inexistant. Impensé. C’est un fantôme qui plane sur nos représentations mentales.

À côté du corps des femmes, à l’endroit où devrait se trouver celui des hommes, il n’y a qu’un trou béant.

 

Une question de désir

La récente « affaire » Yann Moix nous a fait prendre conscience d’une chose : si les hommes ont toute latitude pour se penser comme sujets désirants, leur statut de dominant leur permet d’oublier qu’eux-mêmes ont un corps. 

Cette asymétrie se retrouve logiquement dans nos schémas amoureux : les femmes sont désirables (et doivent tout faire pour le rester), les hommes sont désirants. Les unes sont passives et objectifiées par le regard de l’autre, les autres sont actifs et centrés sur leurs envies. Elles sont sommées de tendre en permanence vers un certain seuil de désirabilité (et de s’y maintenir), ils sont dispensés de cet effort.

Il est frappant de constater que, dans l’imaginaire collectif, les femmes restent des coquilles vides, des réceptacles au désir des hommes auxquels la notion de consentement – et encore moins de désir actif – ne s’applique pas. Le cinéma, la littérature, le porno nous montrent des femmes dont le propre désir importe si peu qu’elles peuvent baiser avec des hommes de 60 ans lorsqu’elles-mêmes en ont 17.

Tout se passe comme si elles n’étaient pas des sujets pensants, dotés d’envies et de préférences propres, mais des automates programmés pour le désir (et le plaisir) des autres.

Virginie Despentes dénonce cette inégalité de regard dans son essai « King Kong Théorie » : […] les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n’ont pas de corps. Pas d’âge, pas de corpulence. N’importe quel connard rougi à l’alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s’il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s’il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter ».

L’important pour les hommes n’est pas ce qu’ils valent, mais ce qu’ils veulent. De fait, leur désirabilité n’est jamais une question : mais le désir qu’ils éprouvent en est une, et elle est capitale. 

Si les femmes apprennent très tôt à questionner leur propre désirabilité, les hommes apprennent quant à eux à interroger leur propre désir. De quoi ont-ils envie ? De qui ont-ils envie ? C’est là une différence fondamentale dans la construction des genres : les hommes apprennent à être autonomes dans la détermination de leur désir, les femmes à dépendre de celui des autres.

 

*

Personne n’exige des hommes qu’ils soient désirables, au contraire des femmes à qui cette injonction est martelée dès le plus jeune âge.

Dès l’enfance, on dresse les femmes à la nécessité de la beauté, on les pousse à s’envisager uniquement au travers de ce prisme – une façon d’assurer, entre autres, leur soumission au regard masculin. Elles ont donc une conscience particulièrement aiguisée de leur corps, de ce qu’il représente dans le monde, de la valeur qu’on lui confère, des gains qu’il peut leur apporter, de la manière dont il faut le surveiller pour qu’il continue à être « comme il faut ». Cette conscience échappe aux hommes, qui sont habitués à se définir avant tout par leurs qualités intrinsèques et/ou leurs activités. Il leur est donc possible de dissocier leur corps de leur personnalité, leur apparence de leur « valeur », voire même d’oublier complètement leur enveloppe corporelle, de n’en faire qu’un détail sans incidence. Et d’avoir de leur corps une utilisation purement pragmatique : aller d’un point A à un point B, manger, dormir, courir…

Cependant, les hommes sont soumis à une autre injonction : celle de séduire, et plus particulièrement de multiplier les conquêtes. Et même si l’on pourrait penser qu’il existe nécessairement un lien entre désirabilité et séduction, leur apparence n’entre que rarement dans l’équation. Habitués à oublier leur corps, les hommes peuvent « exiger » des femmes de 25 ans quand eux-mêmes en ont 50, des ventres plats et des fesses rebondies quand eux-mêmes se trimballent avec leurs trois poils sur le caillou et leurs bides à bière. Si ce schéma fonctionne, c’est aussi parce que les femmes ont été éduquées à accorder plus d’importance au désir qu’elles suscitent qu’au désir qu’elles ressentent.

L’âge, les caractéristiques physiques, « la beauté » en général jouent un rôle strict dans la mesure de la désirabilité des femmes, mais celle des hommes est décorrélée du corps. Elle se situe plutôt dans leurs attributs extérieurs : statut social, personnalité, talent, pouvoir…

Dans les clivages de genre que nous avons institués, les hommes ont pour eux la spiritualité, l’intellectualisation des concepts, la production d’idées et d’opinions, tandis que les femmes sont cantonnées à la chair, ramenées sans cesse à leur enveloppe corporelle et à toutes les limites que cela comporte.

Voilà pourquoi il existe tant de couples désassortis ; tant de femmes jeunes et belles aux bras d’hommes vieux et laids. Voilà pourquoi des hommes hideux peuvent se permettre de juger l’apparence des femmes qui les entourent, et pourquoi des hommes de 50 ans peuvent affirmer tranquillement que les femmes de leur âge sont « trop vieilles ». Voilà pourquoi un homme qui ressemble à une gargouille peut se sentir légitime à créer Facemash (l’ancêtre de Facebook), un site permettant de comparer les photos de plusieurs étudiantes et de voter pour la plus « sexy ».

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Le système patriarcal autorise les hommes à oublier leur apparence, à évacuer la question – ô combien terre à terre et limitante – de la désirabilité, à se penser en tant qu’individu à part entière et non comme simple objet de désir. On leur dit et leur répète que leurs désirs prévalent, qu’ils n’ont qu’à l’exprimer pour provoquer une réaction chez les femmes qu’ils convoitent. Vous vous souvenez ? Elles sont désirables, ils sont désirants.  De fait, leur désir n’a aucunement besoin de s’inscrire dans une logique de réciprocité – c’est du moins le message qu’on leur répète depuis toujours.

Mais ce n’est pas seulement le corps des hommes qui est absent : c’est aussi leur sensualité. On sait ce qui les « fait monter au septième ciel », grâce aux magazines féminins qui nous abreuvent de conseils pour bien réussir nos fellations. Mais tout cela reste très technique. S’ils sont sexualisés, c’est uniquement pour parler de ce vers quoi tend leur désir ; de ce qu’ils préfèrent ; de ce qui les excite. En d’autres termes, l’érotisation du corps des hommes lorsqu’elle advient n’a vocation qu’à servir leurs propres intérêts. 

On note que les corps masculins sont cruellement absents des médias et de la culture – en tant qu’objets de désir, du moins. Ensemble, ils échappent au regard collectif, à l’imaginaire fantasmatique, aux photographies langoureuses, aux descriptions romancées. Comme s’ils ne pouvaient pas, eux aussi, susciter le désir. Comme s’ils ne devaient pas susciter le désir – peut-être parce que cela leur ôterait une forme de pouvoir, d’assise. Parce que s’exposer au regard d’autrui, c’est se rendre vulnérable. Et la vulnérabilité n’est pas le fait des hommes.

Et puis, l’érotisation du masculin demeure suspecte. En ligne de mire, se trouve la « menace » de l’homosexualité, donc de l’effémination… et donc de la perte de pouvoir.

 

De la chair

Mais l’absence du corps masculin dans nos sociétés est aussi symbolique.

Encore aujourd’hui, les hommes sont massivement exclus des discussions sur la reproduction, la contraception et l’IVG – sauf, bien sûr, lorsqu’il s’agit de légiférer sur ces sujets. 

Ils sont pourtant directement concernés par ces questions. En effet, à défaut de les porter, les hommes peuvent bel et bien faire des enfants. Et même – incroyable ! – les élever. À partir du moment où l’enfant sort du corps de sa mère (et on me souffle dans l’oreillette que cela survient assez rapidement, après une période de neuf mois en général), il est sous la responsabilité de ses deux parents. Dans d’autres circonstances, les réacs n’insistent-ils pas lourdement sur l’importance d’avoir un papa et une maman ?

Mais si on exclut les hommes de ces sphères, c’est avant tout parce que la parentalité n’est pas constitutive de leur identité. La reproduction et la charge parentale ont été instituées comme étant une affaire de femmes – par conséquent, c’est à elles qu’en incombe la responsabilité. Et c’est bien commode : non seulement les hommes s’épargnent encore majoritairement les corvées de couches sales, mais ils s’excluent aussi des discours difficiles (et souvent culpabilisants) sur la reproduction. Une capote qui craque ? Un enfant non désiré qui s’annonce ? Silence : ils sont déjà loin. Comme s’ils n’avaient eu aucun rôle à jouer dans l’affaire.

Il est ainsi frappant de constater que les discussions sur l’avortement n’incluent jamais les hommes. Certes, ce sont bien les femmes qui tombent enceintes – elles sont, de fait, concernées dans leur chair. Mais la responsabilité des hommes dans la procréation est bien égale à celle des femmes : il n’y a pas de fécondation possible sans spermatozoïdes. Un rapport sexuel fécondant n’est jamais le fait d’une seule personne, pas plus qu’un embryon n’est censé être une punition (d’ailleurs, n’est-il pas inquiétant que nous en soyons encore à rappeler que le sexe n’est pas forcément corrélé à une volonté de reproduction… ?)

La réalité, c’est qu’il faut être deux pour faire un enfant, mais il faut être une femme pour en subir toutes les conséquences.

Les conservateurs qui protestent avec force contre le droit à l’IVG oublient un peu vite que les femmes ne font pas des enfants seules. Pourtant, c’est sur leurs corps que l’on exprime publiquement un désir de mainmise. Ce sont leurs corps que l’on veut contrôler et punir. Ce sont sur elles que l’on crache parce qu’elles ne se sont pas « protégées », parce qu’elles n’ont pas « fait attention », parce qu’elles ont osé faire l’amour. Ce sont elles que l’on culpabilise, elles que l’on couvre de remontrances lorsqu’elles se retrouvent enceintes et qu’elles veulent avorter : « quand on a des relations sexuelles, on assume », « fallait pas écarter les cuisses ».

Et l’homme, dans l’histoire ? Est-il grondé pour n’avoir pas su garder son pénis dans son caleçon ? Est-il sermonné pour avoir fait preuve d’inattention ? N’essayez pas de retrouver sa trace : le bienheureux n’est jamais mentionné. Il n’existe pas. N’a jamais existé. Quand on est un homme, on peut faire ce qu’on veut avec ses organes génitaux. On peut être négligent dans la contraception, et irresponsable partout ailleurs. Quoi que l’on fasse, on s’épargnera la culpabilisation des bigots anti-IVG qui voient dans l’enfant à naître un châtiment pour avoir eu – horreur ! – une relation sexuelle potentiellement fécondante.

*

On constate cette même absence du corps masculin dans les discussions sur la reproduction « volontaire ».

L’obsession des états pour la natalité se cristallise ainsi sur le ventre des femmes, comme si ces dernières faisaient les enfants seules. Le rôle du père est savamment écarté, tant dans la reproduction que dans l’éducation du futur enfant.

De même, si l’on n’a de cesse de mesurer et commenter l’âge des mères (et de s’affoler du fait qu’il est de plus en plus avancé), l’âge des pères reste une donnée obscure, qui reste encore peu étudiée.

« L’horloge biologique » (qui, on le rappelle, est une pure construction sociale) est toujours évoquée sous l’angle féminin, tout comme le sujet de la parentalité « tardive ». Un homme de 60 ans peut bien devenir père, cela ne choquera jamais autant qu’une femme de 45 ans qui décide de se reproduire. D’ailleurs, la littérature scientifique consacrée à ce sujet en est encore à ses balbutiements. On attend encore la version masculine de l’article « Grossesse tardive » sur Wikipedia…

Même constat pour les discours sur l’infertilité et les fausses couches, qui sont toujours abordés du point de vue féminin. Ce sont uniquement les femmes que l’on exhorte à faire des enfants « tôt » (quoi que cela veuille dire) et à surveiller leur hygiène de vie pour « mettre toutes les chances de leur côté ». Pourtant, la fertilité masculine baisse aussi avec l’âge, et des études commencent à mettre en évidence un lien entre mauvaise qualité du sperme et problèmes de fertilité, notamment en ce qui concerne les fausses couches à répétition

Concernant le déclin progressif de la fertilité des hommes, plusieurs études commencent tout juste à remettre en cause nos idées reçues.

Extrait de l’article « Stérilité, fertilité : la part des hommes » : « Pour l’homme, la fertilité est maximum à 30-34 ans (indice à 100), puis elle diminue lentement. À 55-59 ans, l’homme a une fertilité deux fois plus faible (indice à 47) que celle observée à 30-34 ans« .

Pourquoi, alors, ne pousse-t-on pas les hommes à prendre soin d’eux et de leur hygiène de vie, comme nous le faisons – avec tant d’insistance – auprès des femmes ? Pourquoi leur laissons-nous toute latitude pour ignorer le vieillissement de leur corps, l’inéluctable altération de leurs capacités ?

La réponse est – à mon sens – double : non seulement les hommes échappent aux injonctions à la procréation parce qu’ils n’ont pas besoin d’être maintenus dans la sphère domestique (1), mais ils bénéficient, en plus, d’un mythe très ancien qui pose le corps masculin comme infaillible et parfait. (2)

De manière générale, la propension que nous avons à ignorer le corps des hommes, à absoudre ces derniers de toute responsabilité lorsque cela leur est profitable, est la marque d’un système qui stigmatise le féminin pour mieux déresponsabiliser le masculin.

*

Le corps des femmes s’est très vite imposé dans l’histoire comme un parfait vecteur de domination. C’est bien pour cela qu’il cristallise toutes les obsessions misogynes : atteindre l’autre dans sa chair, c’est un moyen facile de le placer – et le maintenir – dans une position de sujétion. Car on n’est rien sans la liberté de disposer de son propre corps.

De fait, l’interdiction de l’IVG et/ou de la congélation des ovocytes pour toutes les femmes, la codification des comportements sexuels, le contrôle de l’apparence, l’infantilisation médicale (notamment par un contrôle régulier des organes sexuels féminins), l’obsession de la virginité, la culpabilisation des femmes qui font ce qu’elles veulent de leur corps… tout participe de la même entreprise de domination. Les hommes surveillent, contrôlent, instrumentalisent l’apparence, le corps et les fonctions reproductives des femmes parce que ce sont des endroits qu’il est facile d’atteindre et  de saisir, au contraire de l’esprit. Et parce que l’autonomie corporelle est à la base de tout. Ne pas avoir de contrôle sur son corps, c’est ne pas avoir de contrôle sur sa vie.

Globalement, on constate que la sexualité est un domaine où le corps des femmes est omniprésent, tandis que celui des hommes est relégué à l’état de simple contingence.

Il n’est pas seulement symboliquement absent : il est aussi concrètement, tangiblement, réellement absent. Et ce n’est pas un hasard : pouvoir oublier son corps, dans quelque domaine et à quelque instant que ce soit, c’est bien un luxe de dominant. Être autonome, avoir le choix, pouvoir décider d’avoir un enfant ou de ne pas en avoir, savoir que notre corps nous appartient, mais qu’il ne nous définit pas pour autant et qu’il ne nous freine pas dans nos entreprises personnelles, c’est un aspect fondamental de la liberté individuelle.

Il y a bien une asymétrie criante dans la façon dont nous considérons le corps des femmes et celui des hommes. Or, l’égalité des sexes commence par l’égalité des corps. Sans cela, aucune avancée féministe au long cours ne sera possible.

 

 

 

(1) On remarque d’ailleurs que les hommes sont très peu mis en avant dans les études et articles consacrés au non-désir d’enfant, comme si leur « défection » face à une parentalité socialement imposée questionnait moins que celle des femmes.

(2) Au contraire de celui des femmes qui serait par opposition imparfait, voire pathologique. Dans l’imaginaire collectif façonné – notamment – par les religions, nous continuons à voir le corps féminin comme une annexe à celui de l’homme. Comme tout ce qui est accessoire, il serait fragile, faillible. L’hystérie, la nymphomanie, les « vapeurs », le syndrome de l’utérus vagabond… Le corps des femmes a longtemps été accablé des pires maux, même s’ils n’étaient la plupart du temps qu’une projection des croyances sexistes de l’époque. Tout cela a achevé de façonner l’image d’un corps féminin pathologique par essence, dont il est nécessaire de surveiller les débordements.

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Quelque chose de pourri dans la masculinité

 

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Juste un « rapide » article pour évoquer l’affaire de la « Ligue du LOL » (qui est quand même, au-delà de son aspect tragique, du pain bénit pour la réflexion féministe…)

Pour celles et ceux qui auraient réussi à passer à côté (!), voici un bref rappel des faits :

La ligue du LOL est au départ un groupe Facebook privé, créé en 2009 par un journaliste. Il réunissait « une trentaine de personnes, pour la plupart issues de nombreuses rédactions parisiennes, du monde de la publicité ou de la communication », selon le journal Libération qui a révélé l’affaire. Les membres de ce groupe ne se contentaient pas d’échanger en privé : ils organisaient aussi des blagues téléphoniques et des « raids » de harcèlement, sur Twitter notamment, et envoyaient des insultes, des railleries et des commentaires dégradants à leurs nombreuses cibles (des femmes en majorité, mais aussi quelques hommes). Cela a duré plusieurs années, au cours desquelles les victimes ont souvent été « contraintes » de quitter les réseaux sociaux, sans parler des conséquences parfois dévastatrices sur leur estime d’elles-mêmes.

Ces faits de harcèlement n’auraient rien « d’exceptionnel ». Suite à ces révélations, des étudiantes de l’école de journalisme de Grenoble ont témoigné de l’existence d’un groupe Facebook privé dans lequel certains de leurs camarades postaient du contenu à caractère sexiste (photos, commentaires dégradants, insultes, etc), visant principalement les femmes de l’école – élèves et professeures.

Des faits similaires ont également été dévoilés au sein des médias Vice et Huffington Post.

Mais le milieu du journalisme n’est pas le seul à être en cause. Ne nous leurrons pas : des « ligues du LOL », il en existe partout – dans les médias, les grandes écoles, les entreprises, la politique, et tous les lieux de pouvoir en général. Elles ne sont que l’expression d’une domination masculine qui entend bien résister à la mixité et à la prise de pouvoir des femmes. Une sorte de « backlash » organisé, qui compte sur la force du groupe pour mieux régner.

Au-delà d’une possible réflexion sur la classe sociale (il y aurait sans doute des choses à dire sur les milieux privilégiés, sur le sentiment de toute-puissance et d’impunité qu’éprouve « l’élite » intellectuelle de la société), cette affaire est surtout l’occasion de réfléchir à la domination masculine et à la façon dont elle s’organise.

À mon sens, l’affaire de la « ligue du LOL » met parfaitement en exergue la façon dont certains hommes utilisent l’oppression en bande organisée pour structurer une solidarité masculine qui leur permet :

  • De renforcer leurs liens et leur sentiment d’appartenance, en se regroupant autour de « valeurs » communes
  • De s’entraider pour gravir les échelons et monter dans la hiérarchie
  • D’exclure tous ceux qui ne leur ressemblent pas, c’est-à-dire qui ne correspondent pas à une masculinité perçue comme représentant le « neutre » et l’universel. Et, ce faisant, de conserver leurs privilèges.

Ce « boys club » permet donc aux hommes de se coopter, se promouvoir, se protéger, et bien sûr de monter dans la hiérarchie – un système particulièrement efficace, puisqu’il ne se fonde ni sur le mérite ni sur les compétences.

Ainsi, la domination masculine est pyramidale. Ce sont des hommes qui se font la courte échelle, s’aident mutuellement à grimper, se recommandent les uns les autres, tissent une toile autour de leurs « adversaires » (les femmes, les gays, les « minorités ») pour mieux les exclure des sphères qu’ils entendent être les seuls à occuper.

Si la forme diffère (sexisme insidieux ou harcèlement, mépris voilé ou hostilité manifeste), le fond reste toujours le même. Le but est de créer et de nourrir un entre soi permettant d’obtenir (et, par la suite, de conserver) des privilèges, d’avancer dans sa carrière, d’infiltrer les sphères de pouvoir, de briguer les postes de direction, mais aussi – et c’est peut-être là sa fonction principale – d’attester de son adhésion aux codes de la masculinité traditionnelle. Et, ce faisant, d’affirmer son appartenance au groupe des dominants. 

L’identité masculine se construit encore et toujours sur l’esprit de corps, qui lui-même se fonde sur la dévalorisation de ce qui est « autre » – c’est à dire de ce qui n’est pas viril.  

Les homos ne sont pas virils, les femmes ne sont pas viriles, les hommes qui ne correspondent pas au modèle classique de la masculinité (conquérante, dure, exclusive, dominatrice, égocentrée) ne sont pas virils. Autant « d’ennemis » à combattre, que ce soit par la moquerie, l’insulte, l’exclusion et/ou le harcèlement.

Cette dynamique de groupe est particulièrement pernicieuse, puisqu’elle suggère qu’on ne peut devenir homme (et pas n’importe lequel : un homme, un vrai) qu’en exerçant une domination sur les autres. C’est cette virilité moutonnière, à la définition étroite et aux conséquences potentiellement destructrices qu’il faut aujourd’hui s’atteler à déconstruire.

On a beaucoup parlé ces derniers temps de masculinité toxique, en se représentant cette dernière comme le fait d’une poignée de ploucs mal éduqués, biberonnés au foot, à la bière, au rap misogyne et à la castagne à la sortie des boites de nuit.  Mais qu’on ne s’y trompe pas : celle-ci infuse aussi les milieux aisés, « intellectuels », éduqués, a priori ouverts d’esprit et sensibilisés aux questions de discriminations. Même si elle est capable de s’exprimer de manière adroite, voire châtiée, elle est basée sur la même idée archaïque : celle d’une supériorité masculine intrinsèque. De fait, elle est décorrélée de l’âge, de la profession et de la classe sociale. Seule son expression change.

La masculinité toxique, loin d’être nécessairement caricaturale, explicite et stéréotypée, avance donc aussi masquée sous les traits d’hommes progressistes, éveillés, voire même pro-féministes. Ne nous leurrons pas. Il en faut peu pour réveiller le sexisme latent, inoculé dès l’enfance. Il en faut peu pour que des hommes « normaux » se transforment en sentinelles médiocres de la domination masculine, le fiel aux lèvres et la volonté d’en découdre avec toutes celles et ceux qui aspirent aux mêmes chances, au même pouvoir, à la même considération qu’eux. Il en faut peu pour que l’effet de groupe, particulièrement fort lorsqu’il s’agit de « prouver » sa virilité, ne réveille les ardeurs misogynes de certains hommes.

*

S’il reste encore des gens pour affirmer que le sexisme n’existe plus, que l’égalité entre les femmes et les hommes est entérinée, cette triste affaire vient montrer tout le chemin qu’il reste à parcourir. Toutes les couches de masculinité purulente qu’il reste à arracher, tout le sexisme crasse qu’il faut encore désamorcer, toute l’éducation qu’il faut encore faire. L’entièreté d’un système à rebâtir.

Quelques jours après les premières révélations, plusieurs licenciements à l’encontre d’anciens membres de cette « ligue » ont déjà été prononcés. Les rédactions ne veulent plus prendre de risques : aujourd’hui, le sexisme, ça fait mauvais genre. Le mouvement #MeToo est bel et bien passé par là. Sans la puissance de cette lame de fond, et sans la prise de conscience collective qui a suivi, il y a fort à parier que cette affaire de harcèlement sexiste aurait été reléguée dans un fond de tiroir entre les onglets « blague potache » et « trucs de mecs immatures » – voire, serait restée tue à jamais.

Mais aujourd’hui, l’espoir est là.

L’espoir d’une société plus inclusive, dans laquelle le pouvoir est équitablement partagé et non plus concentré entre les mains de quelques mâles blancs qui se couvrent les uns les autres pour garder leur pré carré.

L’espoir d’un monde qui voit dans le sexisme, le racisme et l’homophobie, non plus des « blagues de gamin » ou des signes « d’immaturité » sans grande incidence, mais l’expression d’une bêtise crasse. 

L’espoir de pouvoir un jour abolir les codes de la virilité, pour qu’au-delà de l’adhésion contrainte à des normes de genre, il ne reste plus que la liberté d’être qui l’on veut.

L’espoir, aussi, que les rédactions dans lesquelles ces mecs ont proliféré comme des cafards engagent enfin un travail de diversification des profils recrutés et promus. Plus que jamais, nous avons besoin du talent et de la vision des femmes. Plus que jamais, nous avons besoin d’elles dans les postes de direction. Plus que jamais, nous avons besoin de pulvériser ce « boy’s club » qui agit en toute impunité – dans combien de sphères encore ?

L’espoir, enfin, que les milieux « intellectuels » cessent d’être gouvernés par une cohorte grouillante de petits caïds qui n’ont de brillant que leurs fronts apeurés maintenant que les langues se délient.

Maintenant que les femmes parlent.