Image

Entre nos jambes

 

463540e51bb877483d68edb17649ba09
Crédit illustration : Meghan Willis©

 

Où est le sexe féminin ?

Si l’on voit des bites partout (griffonnées à la va-vite dans les toilettes publiques, taguées sur les murs de bâtiments désaffectés, dessinées sur les bureaux des écoliers, et parfois même, en gros plan sur l’écran de nos téléphones portables), nos sexes de femmes restent largement invisibles, silencieux, transparents.

On ne sait même pas quel nom leur donner.

Comment appelle-t-on le sexe féminin ? Le vagin ? La vulve ? Plus félin : la chatte ? Le minou ? Plus fruitier : l’abricot ? Plus enfantin : la foufoune ? Plus vulgaire : la teuch, la techa ? Je n’ai jamais vraiment su. Le mot « vulve » me fait penser à un escargot baveux, les sonorités austères et cliniques du mot « vagin » m’évoquent un instrument en métal. J’aime bien « clitoris », qui me fait penser à une fleur, mais il m’intimide quand je le prononce à voix haute. La société patriarcale a fait du sexe féminin un innommé.

Paradoxalement, le champ lexical des organes sexuels féminins semble infini, alors même qu’aucun mot réellement populaire n’existe pour les désigner dans leur totalité.

Certes, le sexe féminin a ceci de particulier qu’il est plusieurs choses en même temps. La vulve n’est pas le vagin, et le vagin n’est pas le clitoris. Mais l’existence de cette pénurie de mots pour nommer le sexe féminin est un symptôme, celui d’une méconnaissance du corps des femmes. Et d’un désintérêt collectif pour celui-ci – sauf lorsqu’il s’agit de le contrôler.

Adolescente, j’employais (avec certes un peu d’ironie) le mot « couille » pour désigner mon sexe. Oui. Couille. C’est une habitude que j’ai heureusement perdue aujourd’hui, mais qui continue de m’interroger.

Sommes-nous à ce point à court de mots que nous soyons obligé-e-s de désigner le sexe féminin par le nom d’un attribut… masculin ?

Encore aujourd’hui, je n’appelle pas mon sexe. Parfois, c’est une « chatte ». Souvent, il n’est tout simplement pas nommé. Alors même que le sexe masculin est convoqué et exhibé à tout bout de champ, sous diverses dénominations (zizi, bite et queue semblant tenir le haut du panier), le sexe féminin est tu. Comme s’il n’avait pas d’existence autonome. Comme s’il n’était qu’une salle d’attente, un élément passif, annexe, n’existait que par ses relations éventuelles avec un sexe masculin, et n’avait par conséquent pas besoin d’être désigné.

Voilà, c’est comme s’il était aux abonnés absents, condamné à une vie d’ombre et de silence, d’accueil, de réception, de bonnes manières – s’ouvrir en cas de sollicitation, et quand tout est fini, refermer doucement les vannes. Jusqu’à la prochaine fois.

Comment représente-t-on une vulve ? Comme dessine-t-on un sexe qui nous est inconnu ? Si nous n’avons même pas les mots pour parler de cette partie si intime de notre corps, comment peut-on savoir à quoi elle ressemble, et plus encore comment elle fonctionne ?

On peut parler de bite, de couilles, de sperme au restaurant, raconter par le menu comment on a niqué hier soir, mais les femmes sont priées de taire tout ce qui a un rapport avec leur anatomie. Prière de ne pas parler de règles à l’apéro, ou vous risquez de vous heurter à une vague de regards choqués. Pendant ce temps-là, le clitoris continue à être majoritairement représenté comme un « bouton minuscule »  – quand on prend la peine de le représenter ; les supermarchés regorgent de produits d’hygiène destinés à se décaper la vulve ; la fellation fait partie intégrante du répertoire sexuel, quand le cunnilingus reste le parent pauvre de la sexualité hétéro ; et les cabinets de chirurgie esthétique proposent aimablement aux femmes de raccourcir leurs lèvres, botoxer leur vagin et même « reconstruire » leur hymen.

Loin d’inculquer aux filles puis aux femmes la fierté de leur sexe, notre société les pousse à en tirer de la honte, de la gêne, de l’insatisfaction.

De fait, la chatte est mise de côté, reléguée au second plan, sa puissance délibérément ignorée. On ne sait trop qu’en faire, on ose à peine la regarder. Ça marche comment, ce truc ? On la veut lisse, propre, sans odeurs. Domptée. Sage et discrète, au contraire du phallus qui est enjoint à prendre le plus de place possible. A être vu. On explique encore aux petits garçons que les filles n’ont « rien » entre les jambes, on convoque encore parfois le spectre archaïque de Freud et sa ridicule « envie de pénis ». Mais en 2018, on ne peut plus croire qu’il manque quelque chose au corps des femmes.

Heureusement, nous sommes bel et bien arrivé-e-s à un point de bascule dans l’histoire du corps – et du féminisme. La révolution du corps féminin est tangible : de plus en plus il se montre, s’expose, se nomme, raconte sa réalité. Sans peur et sans excuses. Une déferlante de livres sur les règles a surgi l’année dernière, le clitoris sort enfin du bois, les Américaines défilent avec des pussy hat pour protester contre l’intronisation de Donald Trump, et les femmes commencent à exiger leur droit à la jouissance, à revendiquer leur droit d’avoir des poils, de baiser pendant les règles, de ne pas mettre de soutien-gorge ; en somme, de s’extirper des entraves créées par le système patriarcal pour dompter leurs corps. Il était plus que temps.

 

Puissance inconnue

Alors que les représentations collectives font du sexe féminin un endroit « caché », sorte de grotte humide et obscure qui ne serait qu’une annexe au saint pénis, la réalité est toute autre.

On sait maintenant que le clitoris, qui possède la même origine embryonnaire que le pénis, n’est pas qu’un petit gland surmonté d’un capuchon – sa partie visible. Composé d’une paire de corps caverneux et de deux bulbes qui forment une double arche entourant partiellement le vagin et l’urètre, il mesure en réalité une dizaine de centimètres (11 en moyenne) au repos. Doté d’une capacité érectile, gonflant sous l’effet de l’excitation, il concentre également 7000 à 8000 terminaisons nerveuses… soit plus que le sexe masculin !

On sait aussi que les femmes sont capables d’avoir des orgasmes multiples, c’est-à-dire de jouir plusieurs fois au cours d’un même rapport sexuel ou d’une même séance de masturbation.

3D-printed-clitoris-4_0
Représentation d’un clitoris en 3D, développé par la chercheuse Odile Fillod

En outre, loin de n’être qu’un réceptacle attendant passivement d’être rempli, le vagin est surtout un organe entouré de muscles qu’il est possible de renforcer. Plus les muscles du périnée (qui entourent une partie du vagin) sont fortifiés, plus la contraction musculaire est forte, et plus le plaisir sexuel est grand. En somme : on peut faire faire des abdos à son vagin !

Il est donc temps d’en finir avec cette idée que le désir des femmes serait complexe, spirituel, solidement rattaché aux « choses de l’esprit ». Ce cliché est surtout une manière pour les hommes d’ignorer qu’ils ne savent pas y répondre, ou du moins qu’ils le font de manière lacunaire. C’est un fait : il ne suffit pas de jouer au marteau-piqueur avec ses doigts tout en pinçant un sein pour provoquer une excitation féminine de qualité. Et encore moins un orgasme. Les « méthodes » mises en exergue par le porno ne résultent que de fantasmes masculins, qui tiennent plus de la mécanique que du désir et ignorent tout de la réalité du corps féminin. Car les femmes aussi bandent, mouillent, désirent, jouissent, à condition que l’on sache prendre en compte les spécificités de leur sexe – ce qui suppose, fatalement, de se détourner quelques minutes du sacro-saint pénis.

Notre conception phallocentrée des rapports sexuels, qui font de la pénétration puis de la jouissance masculine l’épicentre de toute sexualité hétérosexuelle, laisse malheureusement de côté le plaisir des femmes. Le clitoris, seul organe humain uniquement conçu pour le plaisir, ne sert littéralement à rien pendant une pénétration « simple ». Imaginerait-on une sexualité où les hommes seraient enjoints à ne pas utiliser leur pénis ?

De fait, le fameux « coup de bite curatif » (« elle aurait bien besoin d’être baisée » ; « c’est une mal-baisée », etc.) n’est qu’un fantasme de toute-puissance masculine, puisque les femmes jouissent mieux et plus vite… sans pénétration (sur mille femmes interrogées dans cette étude américaine, trois quarts d’entre elles affirment que la stimulation du clitoris est soit une condition sine qua none pour jouir, soit un moyen d’accéder plus facilement à la jouissance – en revanche, moins d’une femme sur cinq a un orgasme par la pénétration seule). C’est un fait que nos représentations sociales de la sexualité hétérosexuelle ignorent sciemment : le pénis est (souvent) accessoire à la jouissance des femmes.

 

Réhabiliter le sexe féminin

Selon un rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes de 2017, une fille de 15 ans sur quatre ignore qu’elle a un clitoris, et 84% des filles de moins de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe. Pas très étonnant, dans une société obsédée par le phallus. D’ailleurs, il a fallu attendre 2017 (!) pour qu’un manuel de SVT daigne enfin représenter le clitoris sur les planches d’anatomie féminine. Et encore : sur huit maisons d’édition de manuels scolaires, Magnard est la seule à avoir représenté entièrement l’appareil génital féminin.

Considéré comme un simple « trou » (ou, dans sa version fantasmatique, un « dévoreur de pénis »), le sexe féminin a longtemps été sous-estimé, voire moqué. Pourtant, sa puissance est réelle, et ses potentialités multiples. Il suffit… d’en avoir conscience. Et c’est là, souvent, que le bât blesse.

On nous a confisqué nos sexes, mais nous pouvons – nous devons – nous les réapproprier. A commencer par leur nom. Comment s’appellent-ils ? A quoi ressemblent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Que nous font-ils ressentir ?

Nous devons être fières de nos vagins, de nos clitoris, de nos utérus. Nous devons en parler, d’eux-mêmes et de tout ce qui s’y rattache. Le plaisir comme la douleur, la puissance comme la faiblesse. Les fluides corporels, les règles, les odeurs, les poils, la chair, la beauté, la laideur, la jouissance, l’inconfort. Nous devons sortir nos chattes du silence gêné auquel une société sexiste et pudibonde les a condamnées.

Fini le temps – pas si lointain – où les femmes ignoraient tout de leur sexe et s’accommodaient d’une vie de silence et d’absence de plaisir. Si l’ombre de l’obscurantisme sexuel plane toujours au-dessus de nos têtes (hello, la Manif pour Tous), nos libertés de femmes passent aujourd’hui par la connaissance de nos corps, et la revendication de notre plaisir. A nous d’inventer de nouvelles sexualités, de nouvelles jouissances, de nouvelles fiertés, de nouvelles images et pourquoi pas de nouveaux mots, si le cœur nous en dit.

Le corps est politique, et la chair, à n’en pas douter, un chemin vers l’égalité.

Image

Pourquoi les hommes ont-ils peur de l’égalité ?

 

eugenia
Crédit illustration : Eugenia Loli ©

 

Le féminisme peut se définir comme la lutte pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société, et l’obtention d’une égalité de fait avec les hommes.

Une revendication qui, en soi, paraît on ne peut plus légitime. Pourtant, plus de 150 ans après les débuts du féminisme moderne, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est toujours pas acquise. Certes, elle a bien été entérinée par le droit. Mais lorsqu’on se penche sur les faits, qui restent nettement plus parlants qu’un corpus de lois, on se rend compte que la place des femmes n’est toujours pas égale à celle des hommes, que ce soit dans la sphère publique ou privée.

Les progrès de ces cinquante dernières années ont été fulgurants, c’est un fait. Néanmoins, les femmes se heurtent encore et toujours à de nombreuses inégalités en matière de carrière, de rémunération, de répartition des tâches domestiques, de choix reproductif, de distribution du pouvoir. Sans parler des violences physiques, sexuelles, psychologiques dont elles restent les principales victimes, et de la complaisance des institutions judiciaires face aux manifestations les plus abruptes de la domination masculine.

Pourquoi, alors la société aurait logiquement dû évoluer sur la question de l’égalité entre les femmes et les hommes au gré des batailles féministes, le système patriarcal se maintient-il si fermement ? S’il n’existe pas une seule et unique réponse à cette question, l’une des clés se trouve peut-être dans la résistance de nombreux hommes face à l’idée que les femmes puissent être leur égale dans tous les domaines. On a déjà vu que les femmes aussi pouvaient être misogynes et s’opposer à l’émancipation de leur propre genre  – il est désormais temps de s’intéresser à la question de la résistance masculine à l’idée d’une égalité pleine et entière entre les sexes.

Quand l’égalité devient une menace

Si les réacs ne cessent de geindre sur la « féminisation » de la société (en réalité, elle a simplement accordé aux femmes le rôle qui aurait dû leur revenir depuis toujours) et l’hypothétique transformation des hommes en baudruches dégonflées, ce n’est pas tant qu’ils s’interrogent sur une dévaluation du masculin. Ils savent au fond d’eux que la domination masculine se porte toujours fièrement : il suffit de regarder autour de soi pour s’en apercevoir. Non – ce qui les chagrine, c’est simplement que les femmes ont commencé à gagner en puissance. Qu’elles font tous les jours la démonstration de leur pouvoir, de leur intelligence, de leurs compétences, et donc de leur parfaite égalité théorique avec les hommes. De nombreuses femmes exercent le même métier que les hommes, font état d’un même niveau de ressources (matérielles, financières, intellectuelles), voire PIRE, réussissent mieux qu’eux. Inconcevable, pour ces intégristes de la masculinité « traditionnelle » à qui l’on a appris que leur rôle était de protéger les femmes, ces êtres éternellement faibles. Voilà donc où se trouve la menace : dans l’égalité.

Mais pourquoi, vous demanderez-vous, ces pauvres hommes la craignent-ils tant ? L’égalité n’est pas la domination : c’est simplement un partage paritaire de prérogatives, de droits et de privilèges. Autrement dit, on ne retire à personne sa part du gâteau – on ne fait que proposer à un nombre plus élevé de personnes d’y goûter. Alors ?

Pour mieux comprendre ce mécanisme de pensée, il faut revenir à la racine et s’intéresser à la façon dont les hommes sont élevés. Très tôt, les petits garçons sont incités à développer des compétences telles que le courage, la ténacité, la responsabilité, l’autonomie et à se construire en opposition aux petites filles, qui sont censées représenter la vulnérabilité, la délicatesse, la dépendance et l’émotivité. Soit l’antithèse de ce qu’on leur inculque. Les hommes grandissent dans un environnement qui ne cesse de leur répéter qu’ils sont le « sexe fort ». Or, s’il y a un sexe fort, il y a nécessairement un sexe faible. Les hommes construisent donc leur identité sur la façon dont ils « dominent » les femmes, que ce soit physiquement, intellectuellement, ou socialement. Plus ils les dominent, et plus ils sont des hommes, des vrais.

Cette idée est éminemment toxique, et pourtant : elle est nécessaire pour la pérennisation du système patriarcal. On fait donc comprendre aux garçons, dès leur plus jeune âge, que c’est dans les brèches de l’altérité femme-homme que se niche leur puissance, leur virilité – pour ne pas dire leur supériorité. D’ailleurs, les « pick-up artists » et autres « incels » ne se définissent pas autrement que par rapport aux femmes – celles qu’ils ont réussi à séduire, celles qu’ils projettent de séduire, et celles qu’ils ne parviennent pas à séduire. C’est dans leur rapport aux femmes que se construit (ou pas) leur identité virile, c’est-à-dire leur pouvoir.

Voilà pourquoi tant d’hommes – et de femmes ayant intériorisé les normes du système patriarcal – tiennent autant à cette idée de « sexes complémentaires ». C’est en effet cette assise théorique qui permet de justifier la hiérarchisation des sexes, et donc la domination masculine.

L’égalité représente donc une menace pour les hommes – du moins, ceux qui ont construit leur identité masculine sur la domination (ou l’illusion de la domination) des femmes. Elle est une menace parce qu’elle attente aux fondations mêmes de leur identité. S’ils ne dominent plus personne, qui sont-ils ? Que reste-t-il d’eux-mêmes ?
Si les femmes ont les mêmes d’opportunités professionnelles, le même niveau d’indépendance financière, la même autonomie, les mêmes avantages sociaux et politiques, la même considération et le même pouvoir que les hommes, alors ces derniers ne peuvent plus dominer – dans toutes les dimensions que cette domination comporte. Ils ne peuvent plus harceler, agresser, violer sans devoir en subir les conséquences, ils ne peuvent plus s’accaparer le pouvoir, ils ne peuvent plus prendre des décisions de manière unilatérale, ils ne peuvent plus s’approprier la main-d’œuvre féminine dans la sphère domestique, ils ne peuvent plus se gorger de l’illusion de leur supériorité, celle-là même qui constitue le fondement de leur identité. Si les femmes n’ont plus besoin d’eux, ils perdent non seulement une partie de leur identité « virile », mais aussi l’intégralité ou presque de leurs privilèges.

C’est un fait : une femme à égalité parfaite avec son conjoint (en matière de carrière, de rémunération et de perspectives, pour ne parler que de la sphère professionnelle) fera beaucoup moins souvent le « choix » de rester à la maison pour s’occuper des gosses et/ou prendre en charge l’intégralité des tâches domestiques. Or, de nombreux hommes ne peuvent avoir une carrière et des responsabilités prenantes que parce qu’ils bénéficient du soutien logistique, domestique et affectif de leur compagne. Enlevez-la du tableau, que reste-t-il ? Une pile de machines à faire tourner, d’enfants à élever, de ménage et des courses à faire, de chemises à repasser, et fatalement, beaucoup moins de temps disponible pour diriger le monde.

La question de l’hypergamie

Autrefois, la tendance consistait pour les femmes à choisir un partenaire qui leur était « supérieur » en termes de niveau d’études, de profession et de classe sociale (en sciences sociales, on nomme cela l’hypergamie). Le corollaire logique était que les hommes choisissaient plutôt comme partenaire une femme qui leur était « inférieure » dans les domaines susmentionnés (ce que l’on appelle l’hypogamie).

Cette tendance peut sans doute être lue comme une manifestation subtile de la domination masculine, c’est-à-dire un besoin (conscient ou non) des hommes de se sentir supérieurs à leur conjointe. En effet, comme on l’a vu plus haut, cette sensation de supériorité est directement corrélée à la virilité. Plus un homme se sent « dominant » (parce que c’est lui qui ramène l’argent au foyer, ou parce qu’il a une carrière plus prestigieuse que celle de sa compagne), plus il se sent viril. C’est ainsi qu’on lui a appris à considérer les choses. Cela ne signifie pas que les hommes qui recherchent la supériorité dans le couple sont nécessairement toxiques, malsains ou violents. Cela signifie en revanche que cela fait très peu de temps qu’on a commencé à décorréler le couple des logiques de domination. Fatalement, les vestiges de notre ancien système perdurent.

Je me rappelle mon incrédulité d’adolescente lorsque, observant les couples d’adultes autour de moi, j’ai constaté qu’ils étaient très souvent composés d’un homme pourvu d’une profession et d’un statut social relativement prestigieux et d’une femme dotée d’un emploi moins qualifié, d’un niveau d’études inférieur et/ou d’une classe sociale moins élevée. Cela semblait être la norme. L’expression « chef de famille » (pour désigner le mari) a beau avoir été effacée du Code civil en 1970, l’idée de l’homme qui représenterait le membre « dominant » de la cellule familiale perdure dans les faits.

Si aujourd’hui cette tendance s’efface au profit de relations plus égalitaires, certains hommes continuent à préférer prendre pour compagnes des femmes qui leur sont intellectuellement et socialement « inférieures ». Parce qu’il s’agit là, sans doute, du seul outil qu’ont trouvé ces hommes pour pouvoir briller, à la manière d’un phare qui clignote faiblement dans la nuit. Combien de fois a-t-on entendu ce tropisme sexiste de la femme « trop » intelligente, « trop » ambitieuse qui ferait peur aux hommes ?

L’exemple de Me Too, ou pourquoi les hommes craignent pour leurs privilèges

La raison pour laquelle on a entendu tant d’hommes s’émouvoir des conséquences possibles du mouvement Me Too est simple : ils craignent l’avènement d’une égalité réelle, et non plus seulement théorique. Ces hommes savent pertinemment que la probabilité que leur monde s’effondre en cas d’accusations de violences sexuelles est faible, voire nulle – du moins en France, où la complaisance avec les agresseurs semble plus forte qu’aux Etats-Unis.

En France donc, aucune affaire de ce genre, qu’elle ait été statuée ou ait résulté en un non-lieu, n’a brisé durablement la vie de l’agresseur (et ne parlons même pas de ces hommes anonymes qui, après avoir harcelé et/ou agressé l’une de leurs collaboratrices, continuent à évoluer pépère dans la hiérarchie de leur entreprise pendant que leur victime se voit contrainte de démissionner, quand elle n’est pas tout simplement limogée). Dans la grande majorité des cas, les violences faites aux femmes sont tout simplement impunies. La vie de la victime, en revanche, est durablement impactée.

Tout cela, les hommes le voient bien – personne ne peut être aveugle à ce point. La complaisance de la Justice (qui est à distinguer du droit, lequel doit lui-même être distingué de la morale individuelle) avec les hommes auteurs de violences n’est plus à démontrer. De nombreuses ressources, études et statistiques sont disponibles sur le sujet. Ce que ces hommes craignent, ce n’est donc pas d’être la « victime » de fausses accusations (tout cela n’est qu’un fantasme maculé de mauvaise foi), mais bien qu’on leur confisque des privilèges dont ils jouissent depuis des milliers d’années. Des privilèges financiers, sociaux, politiques, des privilèges de sexe, des privilèges de violence, des privilèges de domination, le tout dans un système qui ferme opportunément les yeux sur les conséquences de la domination masculine.

Voilà pourquoi le retour de bâton n’a pas tardé à apparaître, quelques mois à peine après cette fameuse « libération » de l’écoute des femmes. Il n’y a que des hommes effrayés, inquiets pour leurs privilèges et leurs passe-droits pour venir expliquer aux femmes dans quel cadre doit s’exercer leur prise de parole. Si elles parlent trop fort, si elles racontent tout, si on les écoute trop, le système patriarcal tel que nous le connaissons aujourd’hui commencera à s’ébranler. Et c’est précisément cette échéance qu’ils repoussent.

Conclusion

Pour toutes ces raisons, le mouvement féministe ne peut aujourd’hui faire l’économie d’une déconstruction de la masculinité. Exiger que les droits des femmes progressent, oui, évidemment : mais un travail de remise en cause de la virilité telle que nous l’entendons aujourd’hui doit aussi être entrepris, car ces deux thématiques sont indissociables l’une de l’autre. Lorsque les hommes n’auront plus besoin de dominer pour se sentir pleins et entiers, et lorsque les femmes prendront conscience qu’elles sont complètes même sans un homme à leur côté, alors nous aurons fait un pas en avant. L’idée d’une prétendue complémentarité des sexes doit être enterrée : les hommes ne complètent pas les femmes, et les femmes ne complètent pas les hommes. Il est temps de se libérer des entraves du genre et de la structure immuable, sclérosée, dans laquelle il se forme depuis des milliers d’années. Il est temps, aussi, que les hommes cessent de se nourrir de la chair et du sang des femmes pour se sentir exister.

Osons dire cette vérité qui dérange : si l’égalité réelle existait, aucune femme n’accepterait de tenir compagnie à des hommes médiocres. De fait, l’appropriation par les hommes du temps, de la main-d’œuvre et du soutien émotionnel des femmes, sur laquelle repose notre système actuel, ne serait plus envisageable. Ce sont les fondations mêmes de notre société qui seraient impactées. De quoi éprouver quelques frissons, n’est-ce pas ?

Mais il y a aussi la vérité suivante : si l’égalité réelle existait, chacun et chacune serait bien plus heureux.se et épanoui.e. Et non, aucun homme ne serait privé de son pouvoir – si ce n’est celui de dominer. Et c’est bien là le nœud du problème. Ces derniers mois nous ont donné à voir un triste spectacle, celui d’une caste masculine qui ne peut supporter de se voir spoliée de ses privilèges de domination. On déplore ainsi la fin d’une culture qui permettait aux hommes non pas de cohabiter paisiblement avec les femmes, mais d’exercer leur pouvoir avec l’assentiment d’une majorité silencieuse.

Voilà pourquoi l’égalité fait si peur. La lutte ne fait que commencer.

Image

Voyage au féminin singulier

 

IMG_9724 - Copie
Un lever de soleil, quelque part au Mexique

La première fois que j’ai vraiment voyagé seule, j’ai haï l’expérience, non pas tant à cause de la solitude que de l’absence de moyens qui me condamnait à dormir dans un dortoir glauque et à bouffer des chips à tous les repas. Pas de bol, je détestais également la ville dans laquelle j’avais échoué : Oslo, capitale scandinave ayant le charme d’un surgelé. Il faut dire que le voyage avait plutôt mal commencé, lorsqu’un groupe d’agents des douanes m’avait arrêtée à l’aéroport pour m’entraîner dans une petite pièce où ils entreprirent de fouiller ma valise.

– Qu’est-ce qui vous amène ici ? m’a-t-on demandé d’un ton faussement badin.
– Je viens visiter.
– Ah oui, visiter ! (ils ne me croyaient pas du tout). Visiter quoi ?
– Euh, je ne sais pas encore, je n’ai pas fait de programme.
– Vous avez des amis ici ?
– Non.
– Donc vous voyagez seule ?
– Oui.

Alerte rouge, une jeune femme de 22 ans voyageant seule ! Cela cache forcément quelque chose.
Après plusieurs minutes de réponses agacées (pour moi) et de fouilles improductives (pour eux), les douaniers durent se rendre à l’évidence : non, je ne transportais ni liasses de billets ni héroïne dans ma valise et oui, j’étais une honnête citoyenne. Ils finirent néanmoins par m’avouer, penauds, qu’ils m’avaient soupçonné d’être une prostituée. Voilà : vous êtes une femme jeune qui débarque seule dans un pays étranger, et pour la plupart des gens, vous ne pouvez pas être autre chose qu’une pute.

A l’issue de ces quelques jours sans joie, j’ai regagné l’aéroport pour passer la journée entière à attendre, comme une délivrance, l’avion qui me ramènerait chez moi. Cette expérience ne m’a pas découragée.

Quelques années plus tard, je suis partie seule à Rome, où j’ai marché une vingtaine de kilomètres par jour et mangé des gelati au Kinder dans la lumière de la fin d’été. Le studio que j’avais loué ressemblait à une cellule de prison, mais je l’avais pour moi toute seule : un progrès par rapport à mon premier voyage solo.

Et puis j’ai fini par traverser les océans. Plusieurs fois.

On commence petit, et puis ça ne manque jamais : on veut aller plus loin. A chaque fois pourtant, je bois l’angoisse à la petite cuillère. Je respire mal, j’ai mal au ventre, je me flagelle mentalement pour avoir eu cette idée stupide. Mais pourquoi je fais ça ? Pourquoi ? Mais il y a l’excitation, aussi. L’adrénaline. C’est ça qui vous accroche.
Je ne me suis jamais vraiment vue comme une femme qui voyage, dans toutes les limites que mon genre est censé comporter. Je n’ai pas peur. Je ne pense pas à toutes les choses horribles qui sont censées m’arriver, aux limitations que la société voudrait m’imposer. C’est vrai, lorsque des hommes viennent me parler, je les considère toujours avec méfiance. Quelle idée a-t-il en tête ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Allez, barre-toi ! Toujours la peur, intégrée dès l’enfance, de l’agression sexuelle, du viol, du meurtre. Du caractère universel de la barbarie masculine. Les œuvres littéraires et cinématographiques, les mythes culturels, l’actualité : tout concourt à nous rappeler qu’il arrive des choses horribles aux femmes qui s’aventurent seules dans le monde. C’est le fameux mythe de la joggeuse, cette femme que le simple fait de se mouvoir, seule, expose aux plus terribles dangers.

Lorsque l’angoisse et le sentiment de solitude s’étiolent, c’est là que naissent ces fulgurances qui rendent le voyage solitaire si précieux. C’est un coucher de soleil rose sur le lac Ontario, ce sont des rencontres fugaces qui ne laissent rien d’autre qu’un sourire. C’est rouler sur des routes désertes, avoir peur et se sentir libre. La joie, la fierté, la puissance. C’est débarquer à 9h du matin sur une plage déserte du Mexique, et se prendre la beauté du monde en plein visage. Le sourire que j’ai esquissé à cet instant-là ne se perdra jamais : il est gravé en moi. C’est se féliciter dans l’avion du retour, remplie d’une incommensurable fierté. Je l’ai fait. Je n’ai besoin de personne. C’est vouloir aussi parfois avoir quelqu’un près de soi, devoir gérer seule l’angoisse des files d’aéroport, des chambres d’hôtel vides, des silences qui se prolongent, des nuits qui tombent trop tôt, de la solitude qui se referme comme un piège.

« – Tu pars avec qui ? » 
« – Toute seule. »

Je dois avouer n’avoir jamais vraiment eu de réaction négative à mes velléités de voyage en solitaire, si ce n’est le classique regard étonné. La lueur d’incompréhension dans le regard. Une femme ? Seule ? Mais pourquoi ? Cela défie la logique. Même si elle tend à se démocratiser, la figure de la femme indépendante étonne – et dérange – toujours.

La femme seule fait peur : elle est souvent brandie comme un épouvantail, une menace à l’encontre de celles qui refusent de rentrer dans le rang. On craint, souvent de manière inconsciente, sa désobéissance, son libre-arbitre, son pouvoir. Comme les sorcières que l’on « chassait » autrefois, elle ne dépend de personne et ne répond d’aucune autorité. Elle a tout le loisir de réfléchir, et donc de se rebeller. Dans une société où les femmes sont encore largement vues comme les extensions des hommes, le fait qu’elles puissent manifester une volonté propre et exister pleinement en dehors de ces derniers étonne. Voire suscite l’hostilité.

Aventures solitaires

Les femmes voyageant seules sont entourées de mythes tenaces. Autrefois, on les considérait comme des prostituées ou des inadaptées sociales. Celles qui manifestaient des velléités d’aventure étaient frappées du sceau de la réprobation – c’était particulièrement le cas pour les femmes mariées, dont l’existence dépendait de celle de leur époux. En France, jusqu’en 1938, elles ne pouvaient d’ailleurs pas obtenir de passeport sans l’autorisation de celui-ci. Il a fallu attendre le 19e siècle pour que les femmes sortent de leur foyer, en nombres infimes et toujours sous le regard désapprobateur de leurs pairs.

Dans un numéro du périodique l’Année littéraire de 1867, on trouve la phrase suivante au sujet des voyageuses en solitaire : « S’il leur arrive quelque mésaventure, la pitié que l’on ressent est moins grande : elles n’avaient qu’à rester chez elles ». Cent cinquante ans plus tard, les mentalités n’ont pas tellement changé. C’est la même culpabilisation qui a cours pour les femmes à qui il arrive des « mésaventures » : elles n’avaient qu’à faire attention, elles n’avaient qu’à s’habiller autrement, elles n’avaient qu’à pas laisser un homme entrer chez elles, elles n’avaient qu’à dire non, elles n’avaient qu’à pas se promener seule à cette heure-ci, oh et puis tant qu’à faire, elles n’avaient qu’à pas exister.

Aujourd’hui cependant, le mythe de la voyageuse a changé de visage. Si elle n’est plus vue comme une aberration, les motivations qui la poussent à partir sont encore réputées avoir quelque chose à voir avec sa vie privée : elle voyage pour fuir quelque chose, ou pour conjurer un évènement douloureux (rupture, deuil, etc.). Pas pour elle-même. Le voyage « féminin » serait une forme de transcendance, un moyen de se reconnecter à soi-même après des années passées dans le brouillard. En témoignent les très populaires récits de voyage « Wild » et « Mange, prie, aime », dans lesquels l’impulsion du départ est causée par des évènements personnels douloureux. Peu de femmes semblent voyager pour leur propre plaisir, par simple envie de découvrir le monde ou de se découvrir soi. Sans doute préfère-t-on croire que les femmes ne partent pas à l’aventure « naturellement ». Il faut que quelque chose les y contraigne, les y pousse avec insistance. Qu’elles n’aient, en somme, pas vraiment le choix. Pourtant, le voyage solo « plaisir » existe bel et bien : il est simplement peu documenté. De nombreuses femmes, dont je crois faire partie, ne voyagent ni pour fuir ni pour se consoler d’une quelconque blessure. Elles voyagent avant tout pour la beauté du geste, pour la beauté du monde, et par amour pour la liberté. Leur liberté.

Face à la figure universelle de l’aventurier (un homme, forcément), la voyageuse en solitaire dénote encore. En témoignent les rubriques dédiées aux « femmes seules » dans les guides touristiques, qui l’informent des mesures à prendre en matière de sécurité ou des tenues à éviter. Eviter de sortir le soir, ne pas dévoiler trop de peau, ne pas traîner seule dans certains quartiers, éviter les tenues « aguichantes », ne pas se montrer trop avenante avec les hommes, porter une fausse alliance… Ces injonctions à la peur, à la tempérance (sous forme de conseils bienveillants) entérinent l’idée selon laquelle les femmes seraient secondaires, supplétives, fragiles, par opposition aux hommes dont le caractère universel leur permet d’endosser tous les rôles. Dont celui bien connu de l’aventurier sans peurs et sans reproches. Bien évidemment, ces conseils peuvent s’avérer tout à fait pertinents selon les pays. Qu’on le veuille ou non, les femmes restent encore des proies à l’échelle globale. Mais il est faux de croire qu’elles sont forcément plus en sécurité chez elles qu’à l’autre bout du monde.

Les études le prouvent. On sait qu’en matière de violences sexuelles, l’agresseur est connu de la victime dans plus de 80% des cas. Le chiffre tombe à 74% pour ce qui concerne le viol en particulier. Dans la plupart des cas, il s’agit du conjoint, ex-conjoint ou d’un membre de la famille (source : Collectif Féministe contre le Viol). D’un point de vue statistique, il est donc beaucoup plus probable qu’une femme se fasse agresser dans son propre foyer qu’à 10 000 km de chez elle. Finalement, les conseils de « sécurité » et les invitations à ne pas prendre de risques inconsidérés, à éviter certains secteurs à la nuit tombée et à faire preuve de bon sens ne sont-ils pas valables partout dans le monde ? Peut-être faut-il simplement se faire confiance, d’autant plus qu’en tant que femmes dressées à la peur et à l’anticipation du pire, nous savons mieux que quiconque repérer les situations à risque.

Quel avenir pour le voyage en solitaire ? Au vu de la vitesse à laquelle grossissent les réseaux de voyageuses sur les réseaux sociaux (plus de 110 000 membres pour le groupe Facebook We are Backpackeuses), il semble en tout cas connaître un bel essor. Et il y a fort à parier que la « tendance » est partie pour durer.

Il n’y a pas si longtemps que les femmes ont découvert le plaisir de l’indépendance et de la liberté. En voyageant seules, en faisant fi des normes de genre et des injonctions à la peur, elles découvrent leur propre puissance. Le voyage en solitaire doit alors être vu comme une formidable manière de conquérir l’espace, mais aussi, de manière métaphorique, une manière de se saisir d’un pouvoir trop longtemps confisqué.
Loin de chez elles, les femmes découvrent que cette hypothétique essence féminine qui les tiendrait éloignées du monde, de l’extérieur, des risques, du pouvoir et de l’autonomie n’est qu’une absurde construction sociale. Elles ne laisseront personne leur couper les ailes : le voyage en solitaire est aujourd’hui un de leurs totems.

Image

Campagne contre les violences sexistes et sexuelles : une occasion manquée

Reagir-peut-tout-changer-Lutte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles_large
Ne pas agresser aussi.

 

Depuis le 30 septembre, le gouvernement a lancé une campagne pour sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles, intitulée « Réagir peut tout changer ».
Jusqu’au 14 octobre, quatre spots seront diffusés à la télévision et sur Internet, pour illustrer la diversité des violences (physiques, sexuelles, verbales…) et du cadre dans lequel elles s’inscrivent (sphère privée, sphère professionnelle, espace public, etc).

Chaque spot met en scène une femme victime de violences sexistes et/ou sexuelles et un.e témoin qui vient à son secours, le but étant d’inciter les gens à réagir lorsqu’ils assistent à un tel incident, au lieu de simplement détourner le regard. « Dénoncer ne suffit plus, il faut désormais changer les comportements et inciter chacun à réagir », explique ainsi le communiqué officiel.

Inciter chacun à réagir face aux violences sexistes et sexuelles : c’est effectivement une bonne idée. Pour une fois qu’on parle de sexisme à la télé, ne faisons pas la fine bouche, n’est-ce pas ? Mais on ne règle pas un problème en évitant sa cible. En n’adressant son message qu’aux témoins, c’est-à-dire des personnes qui n’ont aucune responsabilité dans la commission de telles violences, le gouvernement donne un coup d’épée dans l’eau. Un peu comme s’il lançait une campagne contre la fraude fiscale en s’adressant aux enfants des fraudeurs et fraudeuses : « Attention ! Si vous voyez vos parents détourner du fric, surtout, réagissez ! ».

Depuis quelques années, on assiste à de nombreux tâtonnements en matière de prévention des violences sexistes. On pense par exemple à la récente campagne contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports en Ile-de-France, mettant en scène des femmes menacées par des ours ou des loups.

 

http___o.aolcdn.com_hss_storage_midas_abe0d208bdc1858f681042eb8b84b399_206182370_harcelement+transports

 

Outre un manque de crédibilité évident, cette campagne péchait par son refus de s’adresser directement aux agresseurs. Victimes ou témoins, donnez l’alerte ! Le message est identique à celui de la campagne actuelle, et s’accompagne du même déplacement de la responsabilité des agresseurs vers les (potentiels) témoins. En 2018 encore, on marche sur la pointe des pieds, on hésite, on tâtonne, on tourne autour du pot, comme si s’adresser directement aux personnes concernées  – les hommes auteurs de violences – n’était pas une solution envisageable. Regarder la réalité en face ? Prendre acte du fait que, dans un système patriarcal, les violences sont en majorité commises par des hommes, et qui plus est des hommes normaux ? Expliquer à ces mêmes hommes que leur comportement est intolérable ? On n’y arrive toujours pas. Parce que le sujet gêne, irrite, parce qu’il a une dimension un peu trop militante, un peu trop féministe peut-être, parce que les violences sexistes et sexuelles sont encore largement admises dans notre société (le coup de la main aux fesses qu’il faudrait prendre comme un compliment, du « joli petit cul » de Michel de la compta qui est censé être un éloge et du pauvre frotteur victime de sa misère sexuelle), il est encore manié avec force maladresse. Ainsi, l’on continue à proposer des visuels à côté de la plaque, à faire croire que les violences sexuelles ne peuvent être le fait que de quelques individus marginaux et échevelés (1), et à décharger la responsabilité des agresseurs sur les hypothétiques témoins de leurs agissements.

Est-il si compliqué de dire aux agresseurs… qu’il ne faut pas agresser ? Bien entendu, le gouvernement n’est pas le seul acteur influent dans ce combat – loin s’en faut. C’est aussi toute notre culture populaire, tous nos mythes culturels, tous nos stéréotypes souterrains qu’il faut réformer. Mais quitte à lancer une campagne de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles : pourquoi ne pas s’adresser en premier lieu à ceux qui les commettent ?

Nous aurons progressé lorsque nous oserons enfin dire, de manière claire et non équivoque, que certains comportements ne sont pas tolérables. Lorsque nous nous adresserons pour cela aux agresseurs et non à ceux qui les entourent. Lorsque nous cesserons de tourner autour du pot, de trouver des excuses, de s’emberlificoter dans des messages confus et sans résonance.

Les violences faites aux femmes ne cesseront pas si l’on se contente de demander aux témoins de « réagir ». C’est leur faire porter une responsabilité qu’ils et elles n’ont pas, tout en excusant discrètement les agresseurs – et les défaillances de notre système judiciaire. De la même manière qu’on n’éradique pas une maladie en agissant uniquement sur ses symptômes, on ne peut prétendre combattre les violences sexistes et sexuelles en agissant uniquement sur ses conséquences.

Cette manière de faire est d’autant plus inefficace qu’une réaction n’entraîne en aucun cas la garantie pour la victime de trouver réparation. Combien de plaintes pour violences sont-elles classées sans suite ? Combien de femmes sont-elles ignorées, snobées, humiliées, lorsqu’elles se décident enfin à pousser la porte d’une gendarmerie ? Combien d’agresseurs sont-ils effectivement condamnés chaque année ? (réponse : très peu)

Ce n’est pas comme si l’on pouvait se targuer d’avoir une justice efficace, impartiale et sensibilisée à la problématique des violences faites aux femmes. Pour bien des femmes, une confrontation avec le système judiciaire ne sera rien d’autre qu’une énième occasion de se prendre dans la gueule le sexisme endémique de notre société. 

Le message que le gouvernement aurait dû faire passer est un message simple, que l’on considère pourtant avec une étrange frilosité : le respect dû aux femmes doit être exactement le même que celui dû aux hommes. Point barre.

Ce que vous ne feriez pas à un homme, ne le faites pas à une femme. Ce n’est pas compliqué. Quant aux témoins, s’ils existent, ils ne sont pas là pour réparer les erreurs des hommes sexistes et/ou violents : c’est à ces hommes, et à eux seuls, qu’incombe la responsabilité de modifier leur comportement.

(1) Pourtant, les agresseurs, les harceleurs sexuels, les violeurs, et d’une manière générale les auteurs de violences sexistes (qu’elles soient physiques ou verbales, explicites ou souterraines) sont la plupart du temps des Monsieur Tout le monde. Ce sont nos employeurs, nos voisins, nos pères, nos frères, nos amis, nos collègues. Ainsi, dans 8 cas sur 10, l’auteur d’un viol fait partie de l’entourage de la victime. Il est donc temps de tordre le cou au mythe de l’agresseur marginal et désocialisé, qui erre à la recherche de ses prochaines victimes entre rues sombres et rames de métro bondées.

Image

Anatomie de la victime

doll-1228366_960_720

 

Précision liminaire : le mot « victimes » dans l’article fait référence aux femmes, celles-ci représentant la grande majorité des victimes de violences sexuelles. 
Cependant, il convient de noter que les hommes victimes de violences sexuelles, bien que plus rares, peinent également à être pris au sérieux lorsqu’ils dénoncent de tels faits. En cause, l’idée répandue selon laquelle un homme, de par sa force et son caractère (supposément) dominant, ne peut pas être une victime.

 

Présumée coupable

Dans notre société patriarcale, il est une constante : lorsqu’une femme est victime de violences sexuelles, sa parole est désavouée, délégitimée, quand elle n’est pas tout simplement passée sous silence. Ce déni individuel et collectif est devenu un réflexe primitif, un bouclier que l’on dégaine à chaque tentative d’avancée féministe. La négation du vécu des victimes est peut-être l’un des tropismes sexistes les plus archaïques, et les plus tenaces.

L’affaire Weinstein, elle-même déclencheur du mouvement « Me Too », n’aura servi à rien de ce point de vue – en France, tout du moins. Le pays de la « séduction » et des « gauloiseries » (euphémismes sexy pour désigner des comportements prédatoires), toujours à la traîne en matière de féminisme, n’aura pas profité de cette triste occasion pour remettre en question sa vieille culture patriarcale, et s’interroger sur les actions à mettre en œuvre pour que les femmes n’aient plus besoin de balancer leurs porcs.

Alors qu’une plainte pour viol et agression sexuelle a été déposée le 27 août dernier contre Gérard Depardieu (la victime serait une jeune actrice de 22 ans), l’agent de « stars » Dominique Besnehard s’est récemment fendu d’un coup de gueule sur Facebook : « Et cela continue. Maintenant c’est Gerard Depardieu qui est accusé de tentative de viol. À quel moment ces apprenties comédiennes arrivistes vont-elles cesser de proférer des accusations pour se faire connaître ? »

Quand on cessera de les agresser, probablement ?

Bon.
Si l’envie se fait forte de distribuer quelques coups de pied au cul, posons-nous tout de même un instant pour analyser la façon dont le système patriarcal défend les agresseurs, tout en condamnant les victimes au silence.

Ainsi, on constate que la rhétorique utilisée par Besnehard suit un schéma tristement classique de délégitimation de la victime :

1) Tout d’abord, on prend la défense de l’agresseur présumé en arguant qu’il serait incapable de tels agissements : « C’est un excellent père de famille », « C’est un citoyen modèle », « Il ne ferait pas de mal à une mouche », « Je le connais, c’est quelqu’un de bien »… Parfois, c’est la vie professionnelle irréprochable ou le talent dudit agresseur qui sont convoqués à titre de justifications, comme si ces éléments pouvaient de facto excuser des comportements délictueux et/ou criminels.

2) Lorsque la réputation de l’agresseur présumé est enfin « lavée », on passe à la seconde étape : le dénigrement de la victime. Il faut faire croire que l’acte qu’elle a subi n’existe que dans son imagination, ou a minima qu’elle exagère grandement les faits. Lorsque ce ne sont pas son passé ou ses comportements sexuels qui sont évoqués (« c’est une allumeuse », « elle couche avec tout ce qui bouge »), on invoque sa cupidité, son ambition, son désir acharné de « se faire connaître ». Comme si une plainte pour viol constituait une autoroute certaine pour la gloire, la richesse et le succès.

3) Une fois l’agresseur présumé mis hors de cause par le biais d’arguments plus ou moins solides et la victime roulée dans la boue, vient la dernière étape : l’étouffement de l’affaire. Les médias, après s’être fait l’écho de la parole de la défense, ont un dernier rôle à jouer pour faire sombrer l’affaire dans les limbes de l’oubli. C’est bien simple : il suffit de ne plus en parler. Surtout pas d’articles pour documenter la suite de l’affaire, ni d’allusions qui pourraient plomber l’agresseur présumé. Silence. Le rideau finit par tomber.

Mélangez le tout, secouez vigoureusement et vous obtenez un agresseur lavé de ses potentiels péchés, et une victime présumée coupable.

Et l’on continue à nous prédire la fin du monde lorsque surgissent des accusations de violences sexuelles.
Faisons le compte : combien d’hommes ont-ils été obligés de fuir le pays après le mouvement Me Too, poursuivis par des hordes de furies prêtes à leur arracher les couilles ? Combien d’avions remplis d’hommes injustement accusés, le souffle court et les joues brûlées par l’humiliation, ont-ils dû être affrétés pour mettre à l’abri les malheureux susmentionnés ? Questions inutiles, bien entendu – je ne fais que m’amuser, parce qu’il vaut mieux en rire. Et dans l’hypothèse hautement improbable où nous aurions assisté à de tels scénarios : n’est-il pas logique d’être sanctionné après avoir commis un acte moralement et légalement répréhensible ? Crie-t-on au scandale lorsque l’auteur d’un crime est dénoncé et éventuellement condamné par la justice ? S’insurge-t-on du fait que sa vie risque d’être gâchée, éprouvons-nous du ressentiment à l’égard de la victime, ? Non – nous nous contentons plus probablement de penser qu’il a eu ce qu’il méritait. Alors, pourquoi sommes-nous incapables d’appliquer le même raisonnement face aux auteurs de violences sexuelles ?

Il est d’ailleurs hilarant de constater que les opposants au « tribunal populaire » de Balance ton porc deviennent également tout rouges et tout fâchés lorsque les victimes utilisent les moyens légaux (une plainte, dans l’espoir d’accéder à la suite logique : un procès équitable) pour dénoncer les violences subies. En réalité, ces personnes ne souhaitent qu’une chose : que les femmes se taisent. Femmes agressées, violées, flouées, bafouées : qu’importe, tant que règne le silence, et que les hommes puissent continuer à abuser de leur pouvoir.

Ne nous leurrons pas. Les hommes qui s’insurgent du fait que leurs amis puissent être visés par des accusations de violences sexuelles ne font pas seulement preuve d’un basique réflexe de solidarité masculine. Ils pleurent également la (possible) fin de leurs privilèges, à la façon de ces enfants gâtés que l’on prive de dessert. Ils sont gênés par l’égalité qu’ils voient arriver comme une menace, déboussolés après avoir entendu que le pouvoir, la violence, la coercition sexuelle ne sont pas des prérogatives dont ils peuvent bénéficier en toute impunité. C’est qu’ils ont bâti leur identité sur le pouvoir qu’ils détiennent sur les femmes. On s’y habitue vite, à tout cela. On se sent fort, puissant, ça fait tourner les têtes l’illusion de la domination, ça fait jouir la peur dans les yeux de l’autre. Qu’on essaie de leur retirer cette satisfaction, et c’est toute leur virilité qu’on arrache. On les laisse exsangues, sans identité propre. C’est stupidement fragile, un homme qui se veut puissant.

Les victimes de violences sexuelles dérangent, bien plus que les hommes qui les commettent. Elles sont des « mauvaises » victimes, car elles mettent le doigt sur les déficiences de notre société – les dynamiques de pouvoir inégalitaires, le sexisme, la culture du viol. Pire encore, elles sont des traîtres, puisqu’elles se désolidarisent publiquement du système patriarcal.

En outre, par leur nature même, les violences sexuelles constituent une catégorie « à part » dans le répertoire des délits et des crimes. En effet, nous sommes conditionné-e-s à voir le sexe (contraint ou consenti) comme une souillure pour les femmes. Une idée qui trouve ses racines dans les grandes religions monothéistes, et infuse encore aujourd’hui notre société. Ainsi, lorsqu’une femme a des relations sexuelles, elle est considérée comme « sale », avilie, méprisable – quand bien même ces relations auraient été forcées. Son corps n’est plus un temple sacré ; il est contaminé par la honte et le déshonneur. C’est une « femme de petite vertu », une « salope », « une pute », une « tentatrice » : autant de termes péjoratifs qui visent à frapper du sceau de la honte la sexualité féminine, tout en déresponsabilisant les hommes. Notre héritage patriarcal biaise le regard que l’on porte sur les victimes de violences sexuelles, et explique – mais ne justifie pas – l’attitude que nous adoptons à leur égard, mélange de défiance, de rejet et de désapprobation.

Si la parole des victimes de violences sexuelles dérange autant, c’est donc parce qu’elle brise un silence opportun. Elle vient dire que les femmes n’appartiennent pas aux hommes. Elle vient dire que les hommes n’ont aucun droit sur le corps des femmes. Elle vient dire que les hommes ne peuvent pas coucher avec les femmes sans leur consentement exprès. Elle vient dire que les femmes sont libres de dire non. Elle vient dire que le corps des femmes n’est pas une monnaie d’échange. Ce qui devrait nous offenser, c’est qu’en 2018, cette parole n’est toujours pas audible.

 

La vérité sur les violences sexuelles

Qu’on ne s’y trompe pas : la menace ne vient pas des femmes, mais bien des agresseurs. Si hystérie collective il y a, elle est plutôt à chercher du côté des tenants d’un ordre ancien, ceux qui s’acharnent à protéger les agresseurs et paniquent à la simple évocation d’une société plus égalitaire.
Le féminisme n’est un danger que pour les hommes qui ont des choses à se reprocher. Aux autres, il n’arrivera rien – sinon la promesse d’un monde apaisé et de relations plus épanouies entre les deux sexes. Mais nous en sommes encore loin.
Combien de vies masculines ont-elles été « gâchées » par des accusations de viols (réelles ou imaginaires), et combien de vies féminines ont-elles été détruites par des viols effectivement subis ? Question annexe : peut-on légitimement se plaindre des conséquences d’un acte que l’on a commis en toute clairvoyance ?

Le mythe de l’homme injustement traîné dans la boue a vécu. La réalité, c’est que c’est rarement l’agresseur (présumé ou reconnu comme tel par une décision de justice) qui trinque dans ce genre d’affaires. En revanche, la dénonciation de violences a toujours un coût – a minima émotionnel – pour la victime. Insultes, menaces, pressions, défiance collective, isolement social, intimidations, questions intrusives lors du dépôt de plainte ou du procès… Ironiquement, par une inversion de la culpabilité dont le patriarcat a le secret, c’est la victime qui paye le prix de l’acte qu’elle a subi. En plus du traumatisme engendré par les violences en elles-mêmes (voir post-scriptum), il lui faut également faire face à la réprobation du corps social. Elle subit donc une double peine.

A toutes fins utiles, rappelons quelques chiffres :

Une victime de viol ou de tentative de viol sur dix dépose plainte (selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité » de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, qui étudie la période entre 2011 et 2015).

82% des victimes ont mal vécu le dépôt de plainte et 70% ne se sont pas senties reconnues comme victimes par la police et la justice (selon l’enquête « Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte » menée en 2015 par l’association Mémoire traumatique et victimologie).

• Seuls 3 % des viols ayant donné lieu à un dépôt de plainte débouchent sur un procès en cour d’assises. Si l’on observe le nombre de plaintes enregistrées pour viol ou tentative de viol (11 510 pour l’année 2013) et les condamnations prononcées par la justice (1196 la même année), on constate qu’il existe un fort écart entre les deux (enquête « Violences et rapports de genre » de l’INED publiée en 2016). Non seulement la majorité des viols ne sont pas reportés, mais lorsqu’ils le sont, ils restent majoritairement impunis.

• Si aucune étude d’ampleur n’a été menée sur les fausses accusations de viol, les chiffres consolidés par le blog Crêpe Georgette rapportent qu’elles concerneraient entre 2 et 10 % des plaintes déposées.

• Enfin, mon côté cynique m’enjoint à vous faire part d’une statistique de mon cru : 0 % de femmes sont devenues riches et célèbres suite à une plainte pour viol. En revanche, une victime de viol a quatre fois plus de chance de se donner la mort qu’une autre femme.

 

Si l’on regarde les chiffres, on constate donc qu’il y a non seulement une absence de réponse juridique (les agresseurs restent majoritairement impunis), mais aussi une absence de réprobation sociale concernant les violences sexuelles. Bien au contraire, le blâme repose sur la victime, que l’on soupçonne presque automatiquement « d’exagérer », « d’inventer des choses », de faire preuve « d’opportunisme », d’agir par appât du gain. On continue de penser que les femmes qui dénoncent les violences sexuelles qu’elles ont subies le font pour obtenir quelque chose – de l’attention, de l’argent, de la notoriété. Notre conditionnement sexiste nous pousse à faire preuve de défiance envers les victimes, alors même que d’un point de vue purement statistique, celle-ci devrait être tournée vers les agresseurs présumés.

Procéder à une inversion des rôles (les femmes détiendraient le pouvoir de briser tout homme qui aurait le malheur de croiser leur route, en proférant de fausses accusations à leur encontre ; les hommes seraient les victimes d’une conspiration menée par des femmes vengeresses) est une stratégie comme une autre, qui n’en demeure pas moins fallacieuse. C’est méconnaître, en effet, les rouages du système dans lequel nous vivons, au sein duquel les hommes détiennent encore la majorité des pouvoirs. Dont celui de rendre des décisions de justice favorables aux agresseurs, et d’étouffer la voix des victimes.

En France, malgré les nécessaires soubresauts du mouvement Me Too, le statu quo est donc toujours de mise. On connaît la chanson, elle n’a pas changé depuis des siècles : les victimes sont coupables, et les coupables sont victimes. Le ronron amorphe d’un système odieux, qu’il ne tient qu’à nous de changer enfin.

Post-scriptum ♦ Une étude sur l’impact des violences sexuelles sur la santé des femmes