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Elles vécurent heureuses et n’eurent pas d’enfants

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Il y a quelques semaines, l’actrice Sand Van Roy, qui accuse Luc Besson de l’avoir violée dans une suite du palace le Bristol, a été soumise à une expertise psychiatrique. Étrange inversion des rôles, mais passons, ce n’est pas le sujet de l’article. Ce qui nous intéresse, ce sont les conclusions rendues par l’expert :

« Le sujet ne se vit pas comme future mère, ce qui révèle un état névrotique histrionique essentiellement tourné vers la réussite professionnelle ».

Non, vous ne rêvez pas : ces lignes n’ont pas été écrites en 1687, mais bien en 2019.

En 2019, nous sommes capables d’envoyer des fusées dans l’espace, mais pas de comprendre que le désir d’enfant n’est pas universel.

En 2019 toujours, nous continuons à qualifier les femmes pourvues d’ambitions autres que maternelles de « névrotiques ». Rien à faire : elles ne passent pas le contrôle technique de la féminité.

Mais oui ! Forcément malades, traumatisées, dysfonctionnelles, celles qui se refusent à la si merveilleuse aventure de la maternité – à laquelle on les dresse pourtant depuis le plus jeune âge.

Passons sur l’absence de lien entre les accusations portées par la victime et sa non-envie de devenir mère (non, décidément : on ne voit pas), pour nous intéresser à ce sujet encore tabou : les femmes qui ne veulent pas d’enfants 

Je dis bien « femmes », car les hommes sans enfants, s’ils peuvent recevoir quelques commentaires étonnés à l’occasion, sont loin de subir la même pression sociale. Un homme qui ne veut pas devenir père n’est pas un sujet : tout au plus, il sera un objet de curiosité fugace. C’est que l’identité masculine n’est pas directement corrélée à la paternité – en tout cas, elle est loin de se réduire à ce seul élément.

En effet, les hommes ont le droit – on pourrait même dire le devoir – d’être bien autre chose que des pères : on attend d’eux des ambitions, des projets, des entreprises, des rêves plus hauts que la ligne d’horizon de la banlieue résidentielle à laquelle on persiste à cantonner les femmes.

D’ailleurs, pour eux, la paternité est souvent considérée comme la fin des réjouissances, le glas de la jeunesse, un piège dans lequel ils finiront probablement par tomber, au mitan de leur paisible vie d’adulte, poussés par quelque femelle machiavélique.

Il y a donc là un véritable double standard. Qui sert habilement, comme nous le verrons ensuite, la cause de la domination masculine.

*

En réalité, cet article ne devrait pas faire plus de 2 lignes : il y a des femmes qui veulent des enfants, et d’autres qui n’en veulent pas. Les êtres humains ont des aspirations différentes, et c’est bien normal en plus d’être souhaitable.

Hélas, dans une société patriarcale comme la nôtre, ce qui devrait n’être qu’un simple état de fait devient tout de suite un sujet politique.

Car la féminité a été socialement construite en association avec la maternité, et le destin des femmes subséquemment réduit à leurs fonctions biologiques. Cela dure depuis des temps immémoriaux, et nous ne parvenons toujours pas à sortir des ornières de ce mythe archaïque.

Pourtant, il est important de dissocier la maternité, une possibilité naturelle qui n’est ni « obligatoire » ni inéluctable, du cadre dans lequel elle s’exerce (1). Nous avons choisi d’associer la féminité à la maternité, tout comme nous avons choisi d’associer la masculinité à la force et à l’ambition. Nous sommes né.e.s dans un monde qui nous présente les choses de manière catégoriquement binaire : il y a les hommes qui partent chasser le mammouth d’un côté, et les femmes qui élèvent les enfants de l’autre. Et c’est vrai qu’il est tellement plus facile, pour notre cerveau paresseux, de ranger les individus dans des petites boites (les neurosciences ont effectivement confirmé que notre cerveau est conditionné pour adhérer aux stéréotypes). Le problème, c’est que nous perdons les pédales lorsque nous voyons des personnes qui dérogent à ce script genré – en théorie – parfaitement huilé. Notre vision du monde s’en trouve bouleversée, ce qui nous affole. Quoi ? C’est une femme et elle ne veut pas d’enfant ? Quoi ? C’est un homme et il ne sait pas conduire ? Mais… ce n’est pas ce qu’on m’a appris !

 

(1) A ce sujet, l’argument de la « nature » peut vite être mis au tapis : si les hommes produisent environ 100 millions de spermatozoïdes par jour, il semblerait que cela ne les voue pas pour autant à un instinct de reproduction dévastateur. En tout cas, nous insistons beaucoup moins sur le sujet.

 

Obligation

Les femmes et les enfants d’abord, donc. On en est encore là.

Ça commence à faire longtemps, pourtant, qu’on s’est attaquées à déconstruire la maternité et ses prétendus délices universels. Betty Friedan l’a fait de façon magistrale dans son livre « La femme mystifiée » (lisez cet ouvrage féministe indispensable, qui vient d’être réédité aux éditions Belfond) en décrivant le « malaise féminin qui ne dit pas son nom » des mères au foyer des années 60 noyées dans l’alcool et les antidépresseurs. D’autres ont suivi, comme la sociologue israélienne Orna Donath et son étude « Regretting Motherhood » (Regretter la maternité), qui se penche sur les femmes qui regrettent d’avoir enfanté, n’ayant pas trouvé dans la maternité l’évidence merveilleuse qu’on leur avait promise.

Aujourd’hui, la parole se libère de plus en plus, sur Internet notamment. Formidable espace de liberté où l’on peut se délester, enfin, de tout ce que la société refuse d’entendre. Ce sont des femmes que les gosses indiffèrent, des femmes qui regrettent d’être devenues mères, des femmes qui aiment la compagnie des enfants mais n’en veulent pas pour autant, des femmes qui n’ont jamais ressenti l’envie – prétendument inexorable – d’être mère, des femmes qui en ont le ras le bol d’être réduites à leur utérus, ras le bol d’être infantilisées, humiliées, sermonnées par le corps médical pour avoir fait un choix qui ne regarde qu’elles.  La parole comme catharsis. Et puis on remonte à la surface, dans le grand bain de la vraie vie, et l’on se cogne à la réalité crue d’une société nataliste et patriarcale (les deux allant généralement de pair), qui voit dans le ventre des femmes une propriété collective. Non, rien n’a vraiment changé depuis l’an 1687.

Ils sont toujours là, les « et toi, tu t’y mets quand ? » des inconnu.e.s qui vous posent la question la bave aux lèvres, pressé.e.s de vous voir rentrer dans le moule, les gynécologues qui vous exhortent à penser à votre « projet d’enfant » (comme on parlerait d’acheter un nouveau canapé d’angle, ou de changer le carrelage de sa salle de bains) sitôt passée la barre des 30 ans, la cousine qui vous cale de force son môme dans les bras parce que « ça te va si bien » et « il faut que tu te prépares », les magazines féminins qui titrent « Mère, mon plus beau rôle » à côté de la photo de Julia Roberts en omettant de préciser que c’est facile de l’avoir, le beau rôle, quand on a les moyens d’engager une armada de nounous qui changent les couches à votre place.

Le droit à la contraception et à l’IVG – et plus globalement le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes – a beau être consacré, la société continue à exercer un droit de regard sur le ventre des femmes. Et à ostraciser, purement et simplement, celles qui se dérobent aux injonctions reproductives.

Même dans les quelques articles qu’on leur consacre, on tente désespérément d’apporter des justifications à ce choix de vie iconoclaste : ces femmes ont eu une enfance difficile, elles sont focalisées sur leur réussite professionnelle, elles n’ont pas eu de modèles de maternité positifs autour d’elles, elles sont un peu traumatisées, les pauvres, comment voulez-vous que la nature s’exprime chez de tels sujets ? Surtout, surtout, penser à rationaliser, intellectualiser, justifier, excuser, ramener un tant soit peu de logique dans ce choix de vie vu comme irrationnel. Si l’envie de se reproduire ne leur pince pas l’utérus, c’est forcément qu’il y a une anomalie quelque part, un défaut de fabrication.

Presque jamais la question de l’envie, pourtant logique, pourtant simple, pourtant implacable, n’est abordée. Écrire que ces femmes n’ont tout simplement pas envie, et qu’il n’y a rien d’autre à ajouter, c’est encore trop audacieux.

Alors, on pathologise leur absence de désir, comme si celui-ci ne pouvait nécessairement s’expliquer que par une expérience douloureuse, une enfance difficile ou un traumatisme ancien. Comme s’il ne pouvait tout simplement pas exister en lui-même.

Parfois, à court d’arguments, on finit par leur prêter des désirs inconscients, en avançant qu’au fond elles ont envie de devenir mères, mais qu’elles ne s’en sont pas encore rendu compte – ces gourdasses !  Une bonne thérapie, et tout reviendra à la normale.

 

Soumission

Mais pourquoi faisons-nous tout un foin de la maternité ? Pourquoi ne laissons-nous pas les femmes… choisir, tout simplement ?

Et les hommes : pourquoi ne sont-ils pas soumis aux mêmes injonctions, à la même pression à enfanter dans un cadre temporel ridiculement restreint, aux mêmes mythes tenaces sur l’horloge biologique ?

En réalité, pas besoin d’avoir bac + 8 en féminisme pour deviner pourquoi. En 1949, Simone de Beauvoir dénonçait déjà dans Le deuxième sexe la « morale sociale et artificielle qui se cache sous ce pseudo-naturalisme », écrivant que « l’infériorité de la femme [vient] originellement de ce qu’elle s’est d’abord bornée à répéter la vie tandis que l’homme inventait des raisons de vivre, à ses yeux plus essentielles que la pure facticité de l’existence » et que « enfermer la femme dans la maternité, ce serait perpétuer cette situation. »

En effet, conférer à la maternité un caractère « obligatoire » (parce que supposément naturel) permet d’acculer les femmes – avec leur propre consentement – à la sphère privée, où elles tiendront un rôle nécessairement réduit et parfaitement inoffensif.

La domination masculine a besoin de sacraliser la maternité pour continuer à exister. Elle a besoin de glorifier la nature douce et maternelle des femmes pour les délégitimer dans les postes de pouvoir, pour les dissuader d’avoir d’autres projets que celui de fonder une famille, et pour leur ôter du temps, du pouvoir, de l’autonomie – en somme, pour les contraindre à la passivité.  De tous temps, les hommes ont utilisé la maternité comme un instrument de soumission des femmes. Il est vrai qu’alourdie par une grossesse, puis « empêchée » par un ou plusieurs enfants dont on a la charge quasi-exclusive, il est bien plus difficile de se consacrer à sa carrière, ses projets, ses opinions politiques, et tout ce qui relève historiquement du « territoire masculin ».

Alors, le conditionnement doit commencer dès le plus jeune âge, avec des poupées, des dînettes, des petits boulots de baby-sitting, des injonctions à être serviable et attentionnée. Avec des petites phrases, semées çà et là comme les cailloux du Petit Poucet : Tu verras quand tu auras des enfants… Quand tu seras maman… Et ça marche : les femmes s’emparent avec soulagement de cette « identité » maternelle qu’on leur confère, y trouvant sans doute le réconfort d’être enfin validées, reconnues et approuvées par le corps social.

Enfin, un rôle qu’elles pourront occuper en toute légitimité. 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : qu’elles soient conscientisées ou non, les injonctions à la procréation ne sont que la traduction d’une misogynie institutionnalisée, qui voit dans les femmes non pas des personnes à part entière, mais des utérus à combler.

Interchangeables.

Assigner les femmes à la maternité, c’est donc asseoir la division du genre et ainsi légitimer les inégalités (de salaires, d’emploi, de répartition des tâches…), par l’excuse fallacieuse de la « nature ».

 

 

Mystifications

En dépit des immenses progrès du féminisme ces dernières décennies, nous sommes resté.e.s bloqué.e.s plusieurs siècles en arrière en ce qui concerne la maternité.

Malgré quelques (timides) tentatives de démystification, nous restons désespérément englué.e.s dans un archaïsme primaire, un fatalisme naturaliste dépassé qui réduit les individus (les femmes, en réalité) à leurs seules fonctions biologiques. Si elles ont un utérus, c’est nécessairement qu’elles devront s’en servir un jour. Si elles peuvent avoir des enfants, c’est forcément qu’elles le veulent. Et si ce n’est pas le cas aujourd’hui, ça le sera demain – comme si, au fond, nous n’étions rien d’autre que les proies d’une nature tyrannique.

Et l’influence de la psychanalyse, discipline depuis longtemps confite dans un sexisme crasse, n’aide pas à dépasser cette conception. « L’essence féminine », « le désir inconscient de grossesse », « l’instinct maternel » sont des idées encore largement relayées, même si l’on sait aujourd’hui qu’elles ne sont que des constructions sociales… et sexistes.

Quant au féminisme, s’il a beaucoup évolué depuis une cinquantaine d’années, il a étonnamment laissé de côté la question de la maternité, la remettant peu en cause, si ce n’est pour affirmer que le corps des femmes leur appartient et qu’elles auront un enfant si elles le veulent, quand elles le veulent. Manque de conviction ou peur de s’attaquer à un tabou millénaire ?

Peu de féministes ont osé remettre en cause de manière frontale l’assignation des femmes à la maternité, si ce n’est quelques militantes radicales dont la voix porte peu au-delà de leur sphère d’influence.  La plupart des groupes féministes, s’ils se réjouissent évidemment du droit des femmes à disposer de leur propre corps, échouent à remettre en question ce qui constitue pourtant une source majeure d’inégalités – voire, dans certains cas, un piège en bonne et due forme. Et continuent à associer les femmes aux enfants et à réclamer à cors et à cris qu’on protège les « mères », renforçant ainsi d’antiques stéréotypes sur la vulnérabilité féminine.

Certains courants essentialistes vont même jusqu’à porter aux nues une prétendue mystique féminine qui trouverait sa source dans le pouvoir de donner la vie.

Oubliant de préciser que pouvoir n’est pas vouloir.

Résultat : le sujet de la maternité reste aujourd’hui un angle mort du féminisme.

Et si, avant de se plaindre que les femmes continuent à avoir la charge des enfants et que rien ne change, on commençait par rappeler que la maternité n’est en rien une obligation ?

 

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Sorcières

Si les femmes sans enfants dérangent, c’est parce qu’elles dérogent à l’ordre social, à ces trajectoires réglementées (naître ; se reproduire ; mourir) qu’un héritage commun a gravées au fer rouge dans nos cerveaux. Il y a cette peur irrationnelle, aussi, d’une « grève des ventres » qui provoquerait un effondrement de la civilisation. Pourtant, la surpopulation grandissante (nous serons 11 milliards d’humains en 2100) devrait plutôt nous inciter à appeler de nos vœux une baisse globale de la natalité

Mais il y a aussi et surtout le fait que ces femmes s’émancipent des attendus sociaux de la féminité. Elles ne sont pas seulement libres et indépendantes (donc dangereuses) : elles sont aussi dans la transgression d’un tabou. Sans enfants, donc sans attaches, elles seront plus à même de s’aventurer sur les territoires masculins du pouvoir, de la politique, de l’ambition (dans l’imaginaire collectif en tout cas : car on peut très bien n’avoir aucune ambition particulière tout en étant « childfree »). En somme, elles seront libres de devenir des hommes comme les autres.

La docteure en psychologie Edith Vallée, qui étudie le non-désir d’enfant depuis les années 70, explique à ce sujet : « L’injonction à faire des enfants pour que la société se renouvelle reste un inconscient collectif archaïque qui perdure car il est profond. Les femmes childfree perturbent l’ordre du monde […] elles bouleversent ce qui était attendu d’elles ».

On le constate en lisant sur Internet les nombreux témoignages postés sur les forums « childfree », où les femmes relatent leur difficulté à assumer leur choix dans une société pro-maternité :

« Quand j’en ai parlé à ma psy, elle m’a dit qu’il devait y avoir une raison à ma non-envie d’avoir des enfants. Selon elle, si on en trouve l’origine, je pourrais me « débloquer » et envisager enfin d’en avoir ».

« On me dit que je ne suis pas normale, on me traite d’égoïste »

« L’autre jour, je parlais avec un collègue. Il m’a demandé mon âge. Quand j’ai répondu que j’avais 28 ans, il m’a dit qu’il « serait peut-être temps de nous faire un môme ».

« Mon mari ne reçoit jamais de réflexion sur le fait qu’il n’ait et ne veuille pas d’enfants, très peu de gens abordent le sujet avec lui alors que pour moi c’est différent. »

« Récemment, j’ai commencé les démarches pour la contraception définitive (stérilisation). J’ai dû pour ça obtenir une lettre de mon généraliste, qui me permettait de faire ma demande à un chirurgien. J’ai cru que je lui demandais l’autorisation de me faire couper un membre ! Je passe sur les réflexions du genre  » et si un jour vous êtes avec un homme qui veut des enfants ? « 

« J’ai un stérilet au cuivre pour 5 ans, il m’en reste actuellement 2. Ma gynéco m’a fait comprendre à mon dernier rendez-vous qu’en décembre qu’en 2020, date butoir, elle me l’enlève et ne m’en remet pas car c’est pour elle ma seule chance d’avoir un enfant (à cause d’un souci de santé, je n’ai « droit » qu’à une seule grossesse). J’ai l’impression de ne pas avoir le choix. »

 

Mais si nous étions réellement tenaillé.e.s par l’envie de nous reproduire – de manière fatale, inexorable, prédéterminée – les injonctions à la maternité n’existeraient pas. Nous y passerions toutes, dans le calme et l’intimité, sans qu’il n’y ait besoin de nous « convaincre ». Et les hommes, tout êtres humains qu’ils sont, ressentiraient aussi cette envie.  Or, ce que nous appelons « l’horloge biologique » semble ne faire entendre son tic-tac obsédant qu’aux seules femmes.

Bienheureux hasard.

*

Non, toutes les femmes ne veulent pas avoir des enfants. Non, il n’y a aucun problème avec celles qui ne se voient pas mères, si ce n’est notre vision courte et nos croyances sexistes. Et oui, elles vont bien, peut-être même mieux, d’ailleurs, que celles qui se sont engouffrées dans la parentalité sans jauger leurs envies profondes ni mesurer les bouleversements que cela implique, en réponse à une pression sociale parfois suffocante.

Car si l’on peut regretter de n’être jamais devenue mère, on peut aussi regretter d’avoir eu un enfant. 

Lorsque nous associons par réflexe les femmes à la maternité, nous raisonnons avec notre cerveau archaïque. Mais rappelons-nous que nous sommes au XXIe siècle. Avoir la possibilité de donner la vie ne signifie pas qu’on doit ni qu’on désire le faire.

De nombreuses vies gâchées, tragédies, maltraitances, difficultés pourraient être évitées si l’on cessait de réglementer si strictement les trajectoires féminines.

Car c’est très simple en réalité. Répétez après moi : il y a des femmes qui veulent des enfants, et d’autres qui n’en veulent pas.

 

12 réflexions sur “Elles vécurent heureuses et n’eurent pas d’enfants

  1. Bonjour,
    Même s’il semble évident que l’état dans lequel est notre Société, ainsi que la morale qui y est dispensée soient en opposition totale avec les Lois de la Nature, les préjugés ont la vie dure.
    Cependant, permettez quelques mots au sujet de la Maternité. Il s’agit d’un extrait de l’ouvrage de Daniel Stern (pseudonyme de la Comtesse d’Agoult, Marie de Flavigny :
    « La maternité est une révolution dans l’existence de la femme, et c’est le propre des révolutions de susciter toutes les puissances de la vie. Il faudrait supposer une bien complète déchéance pour qu’en cette crise douloureuse de la nature créatrice la femme ne sentit pas l’enthousiasme du dévouement palpiter dans son sein. Le premier vagissement de son enfant est l’oracle qui lui révèle sa propre grandeur ; et le fer qui détache de ses flancs une créature immortelle en qui elle se voit revivre la détache du même coup des puérilités et des égoïsmes de sa jeunesse solitaire. Cette rude étreinte des forces génératrices, ce labeur étrange imposé à sa faiblesse, ces espérances, ces angoisses, ces effrois inouïs qui l’oppressent, l’exaltent, et éclatent en un même gémissement ; puis cette convulsion dernière à laquelle succède aussitôt le calme auguste de la nature rentrée dans sa paix après avoir accompli son œuvre suprême, tout cela n’est point, comme on l’a dit, le châtiment ou le signe de l’infériorité de tout un sexe. Loin de là ; cette participation plus intime aux opérations de la nature, ce tressaillement de la vie dans ses entrailles, sont pour la femme une initiation supérieure qui la met face à face avec la vérité divine dont l’homme n’approche que par de longs circuits, à l’aide des appareils compliqués et des disciplines arides de la science. »
    Cordialement.

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  2. Et oui des femmes ne veulent pas d’enfants et n’en ont jamais souhaité !! Incroyable !
    Moi je fais partie de ces femmes. Je n’ai jamais éprouvé le désir d’avoir des enfants mais bon sang on m’a fait et on me fait encore chié avec ça !
    Bon heureusement je suis bien dans ma tête à ce niveau là donc je n’en ai rien à foutre mais le harcèlement est tenace. Les « oh tu verras, c’est merveilleux », « un jour ça viendra »… je les ai entendu un nombre incalculable de fois. Et moi très naturel, j’ai toujours répondu : non.
    Petite anecdote, un jour au travail (je travaillais qu’avec des femmes à ce moment là) un collègue présente son bébé. Toutes accourent autour, moi par curiosité j’y vais aussi. Une de mes collègues me regarde et me dit de façon assez arrogante : « ça ne te donne pas envie ». Moi je l’ai regardé droit dans les yeux et j’ai sorti un majestueux : « non ». Malaise général. J’étais morte de rire intérieurement parce que j’avais répondu de façon honnête à une question grossière.
    Mais ce qui m’a toujours frappé c’est le nombre de femmes qui me confis qu’elles auraient aimé ne jamais avoir d’enfants et qu’elles m’envient. je vois bien dans leurs yeux que je suis comme une héroïne ayant eu la force de faire ce choix. Mais pour moi c’est juste une question d’honnêteté envers soi.
    Je voudrai ajouté que je ne suis pas vraiment d’accord avec vous sur le fait que les hommes ne subissent pas ou peu des injonctions à être père. Mon mari en subit très souvent. Tout comme pour moi, ce n’est pas normal, il y a forcément un problème quelque part.
    En plus c’est notre choix à tous les deux donc cela perturbe grandement les gens.
    Vivre ne se résume pas à enfanter.
    Ce sujet m’intéresse grandement, j’ai beaucoup de choses à dire mais un simple commentaire ne suffira pas. J’avoue en avoir marre que l’on relie le fait d’être une femme à la maternité même dans les organisations qui disent défendre le droit des femmes. Par exemple cela m’énerve de voir le CIDFF. Le dernier F a été rajouté pour dire « famille ». Pourquoi bordel ? Défendre les femmes ce n’est pas défendre la famille. Pour moi il y a un problème.
    Comme vous le dites quand allons nous arrêter de lier la femme à son ventre ? Il serait peut-être temps de remettre l’enfantement dans les mains de ceux qui le font, non ? Et je crois savoir qu’il faut un homme et une femme ou du moins un spermatozoïde et un ovule pour faire un enfant…
    La seule et unique liberté est là : faire ce que l’on a envie de sa vie.

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    1. Ah ça, l’association femme = maternité et/ou famille… On n’en est clairement pas sorties, même dans les milieux féministes (ce qui est un comble) !
      Bravo pour avoir répondu de manière honnête à une question aussi intime. De quoi se mêlent les gens ?!
      Concernant les injonctions faites aux hommes, elles peuvent exister, bien sûr, mais d’un point de vue systémique je pense que c’est vraiment anodin par rapport à tout ce que les femmes se prennent dans la tronche… Déjà, ils n’ont pas de consultations régulières pour leur santé sexuelle, donc moins d’occasions de se faire « rappeler à l’ordre » par le corps médical. Mais ça m’intéresserait d’avoir un témoignage d’homme sur le sujet 🙂

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      1. J’aurai plein d’autres choses à dire !! Il faut dire que des exemples j’en ai des tonnes même plus d’un lors d’entretien par exemple… Pour l’anecdote ce sont toujours des femmes qui ont mis ça sur le tapis. « Avez-vous des enfants ? » « Non » « Vous comptez en avoir ? » Et oui tout ça dans plusieurs entretiens d’embauche ! J’avais des enfants, ce n’était pas cool parce que j’allais être rabat joie sur les horaires. Je n’en ai pas cela veut dire que je vais être enceinte dès que je vais recrutée ! Le « et vous comptez en avoir  » est vraiment violent. Moi je n’en veux pas mais imaginons cette question à une femme qui veut un enfant mais qui ne peut pas… Plus violent je crois que c’est difficile. Moi la dernière qui m’a posé la question je lui ai dit « c’est Dame Nature qui décide ! ». Là j’ai vu sur son visage une grande honte.
        Pour les hommes, moi je peux garantir que vu ce que mon mari me rapporte c’est aussi violent que pour moi. Bon je suis d’accord que d’un point de vue médical physique et psychologique, la pression est très différente. Par exemple avec mon psy j’évite d’aller sur ce terrain parce qu’il est lacanien donc forcément j’ai un problème de ce point de vue là. Du coup ma thérapie est et restera incomplète parce que j’évite des sujets pour ne pas avoir à entendre qu’en tant que femme je dois avoir envie de faire un enfant, cela fait partie de ma nature profonde. Là effectivement mon mari n’a pas de problème avec son psy.
        Oui j’ai vraiment beaucoup de choses à dire sur ce sujet 🙂

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  3. Bonjour,
    Encore un très bon article clair et bien argumenté.
    Je vous rejoins encore une fois sur ce point. Je n’ai jamais eu d’enfants et je n’en ai jamais voulu. Je n’ai pas eu d’enfance traumatisante (2 parents normaux, nous étions 3 enfants maintenant adultes), et malgré un modèle parental sain ça ne m’a jamais donné envie (faut dire qu’on étaient 3 gamins insupportables et qu’au bout de 5 minutes où je me suis projetée dans l’avenir, j’ai crié intérieurement : « NO WAY » !).
    Quand on aborde le sujet avec moi, je réponds tout simplement « Pas question, je veux m’occuper exclusivement de moi et c’est impossible avec des enfants ». Ca surprend mon entourage mais bizarrement, personne n’a jamais cherché à me culpabiliser. Alors soit j’ai un entourage particulièrement ouvert, soit ils se disent dans mon dos que je ne suis pas normale et n’osent pas me le dire, en tout cas je pense que dès qu’on est interpellée sur ce sujet, on ne doit pas biaiser. On ne doit pas chercher un argument qui plairait, qui soit tempéré pour ménager son interlocuteur, qui explique que peut-être, un jour, mais pas pour l’instant… Plus il y aura de femmes qui diront franchement : « Un gamin ? Ca va pas la tête, il faudrait que je m’en occupe et c’est hors de question ! », plus les prises de conscience se feront. Et plus l’entourage masculin prendra conscience que oui, s’occuper des gamins, ce n’est pas renter du boulot et les mettre devant la télé, et que si eux veulent des gosses, bah ils n’auront qu’à changer leurs modes d’organisation pour gérer le quotidien (qui soit dit en passant, est loin d’être passionnant, quoi qu’en disent les sourires faussement radieux de celles qui ont passé la semaine à coudre des robes à paillettes et des capes de superman pour le carnaval). Bref, c’est donc ce que je dis quand on me pose la question, et à une exception près, personne ne m’a jamais mis la pression. Si vous êtes sereine et sûre de vous, ça a plus de chance de passer et on risquera moins de vous enquiquiner…

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  4. Je trouve votre combat est éminemment justifié et vous soutiens pour que la femme trouve la liberté que les hommes se sont octroyés pendant les siècles précédents, et cela dans un contexte politique et socio-économique actuel qui invalide de fait le privilège de la force et de l’oppression.
    A côté de cela, rebondir sur une extraction brute d’expertise psychiatrique, sans en dévoiler l’intégralité est une démarche forcément militante et absolument pas intègre. D’autant qu’une expertise utilise des termes techniques qui ont malheureusement été galvaudés dans le langage courant : La névrose est la modalité de fonctionnement de la majorité des êtres humains, dont vous et moi. Être névrosé est donc un qualificatif de normalité dans notre société a contrario des autres psychose, psychopathie et perversité. Je n’ai vu ni le mot de pathologie, ni de trouble, mais celui d' »état » qui est bien plus neutre. En bref, je serai bien plus prudent que vous dans mes réactions tant que je n’aurai pas le reste du développement de l’expertise qui précède la phrase incriminée car, dans l’étude du psychisme, tout professionnel sait qu’un seul signe isolé ne peut motiver quelconque diagnostic.
    Je voulais ajouter quelque chose : quelle profonde souffrance de lire des attaques envers l’homme, donc tous les hommes, alors que j’en suis un et que je pense être à la fois sensibilisé et actif pour faire évoluer les choses. Être un homme de 30 ans, avec enfants, c’est aujourd’hui être coincé entre la représentation d’un « agresseur historique » ou d’une « mère au rabais ». Je suis abonné au magazine Parents et tous les adjectifs sont féminisés ; je rentre au plus tôt du travail pour m’occuper de ma famille et fais le ménage et le repassage et on me qualifie via mon genre, ici ou ailleurs, d’oppresseur.
    Nombre de femmes « actuelles » et instruites recherchent aujourd’hui en l’homme celui qui pousse le caddie et la poussette, rapporte de l’argent, ouvre le pot de cornichon et répare la voiture, pouponne (so cute ?), sèche les larmes, protège, etc. Pas de pression ?!! J’aurais apprécié une petite phrase à destination de ceux (pas seulement celles) qui contribuent au mouvement. Là serait vraiment une réelle révolution sociale. On a tous à y gagner de ne pas se mettre en opposition systématique mais au contraire de converger ensemble.

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    1. Effectivement je ne suis pas psy, mais quel est l’intérêt d’évoquer le fait que la victime ne se voit pas comme « future mère » dans une expertise psychiatrique ? Est-ce que, si elle avait été un homme, on aurait creusé le fait qu’il ne se « vit pas comme père », avec toutes les conclusions plus ou moins foireuses qu’on peut en tirer ? (question purement rhétorique…) Ce n’est pas le terme de névrose qui me fait bondir, mais le lien qui est fait entre l’absence de désir d’être mère et l’état psychologique, quel qu’il soit. Quel est le rapport ? Je trouve que cette petite phrase, même sortie de son contexte, illustre bien le sexisme de la médecine.

      Par ailleurs, vous faites l’amalgame classique qui consiste à croire que « les hommes » (en tant que groupe social) veut dire « tous les hommes ». Non ! D’un côté, je comprends tout à fait que certains hommes puissent se sentir attaqués par des écrits féministes, en ayant l’impression d’être directement ciblés (peut-être que je ressentirais la même chose, si j’étais un homme), et d’un autre… Personne n’a à me dire comment je dois « militer », et je n’ai pas à prendre en compte en écrivant les potentielles sensibilités masculines qui passeraient par là. Pour moi, c’est clair : si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’êtes pas concerné. C’est tout.
      Et puis, il faut aussi comprendre que tous les hommes ne sont pas « sensibilisés et actifs », loin de là. Beaucoup sont encore dans la domination, même inconsciemment. Donc en attendant, oui, on est malheureusement obligées de généraliser 😉

      Par contre, je sais très bien qu’il y a une très forte pression sur les hommes, c’est clair et net. Et je sais aussi que certains sont très impliqués, même s’ils ne se revendiquent pas forcément du féminisme (et peu importe). J’ai le plus grand respect pour eux. Et je crois profondément à la mixité. Mais je ne suis pas là pour distribuer des médailles, donc je ne vois pas trop où vous voulez en venir quand vous dites que vous auriez aimé « une petite phrase à destination de ceux qui contribuent au mouvement »…

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  5. Bonjour. Merci pour cet article clairement rédigé (et pour les autres aussi). J’ai juste une petite remarque sur les termes « depuis des temps immémoriaux » et « de tout temps », qui laissent penser que les femmes ont toujours été assignées à la maternité. En vérité, on ne sait pas vraiment ce que pensaient nos ancêtres Cro-Magnon du sujet.
    Je voudrais citer pour illustrer son point une phrase de Gerda Lerner dans l’introduction de son livre « The creation of patriarchy », dont je recommande la lecture :  » J’ai commencé par la conviction, partagé par la plupart des penseur.ses féministes, que le patriarcat en tant que système est historique : il a un commencement dans l’histoire. En ce cas, il peut y être mis fin par un processus historique. Si le patriarcat était « naturel », c’est-à-dire basé sur un déterminisme biologique, le changer voudrait dire changer la nature. » (ma traduction).

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  6. J’ai toujours su que je ne voulais pas d’enfants. Au collège, on a commencé à me souffler de passer mon BAFA, comme le faisaient beaucoup de filles. Je me disais que ça avait l’air profondément chiant. Pas pour moi. Je ne comprenais pas cette « mode du BAFA », l’idée de m’occuper d’enfants me semblait juste totalement inintéressante.
    Je ne ressens pas trop de pression sociale, personnellement, bien que j’ai passé la barre des 30 ans. J’ai eu la chance d’être entourée ces dernières années de personnes entre 35 et 45 ans sans enfants et jusque-là, ça m’a « protégée » des réflexions et autres piques désagréables sur mon childfree-isme.Chance ou pas, les gens que je croise, reproduits ou non, ne me posent pas la question. Mais à la première réflexion déplacée et irrespectueuse, je n’hésiterai pas à mordre.
    J’avais fait un sondage, dans un groupe childfree, sur l’absence ou la présence d’un désir d’enfants chez les garçons, car on est bien d’accord, on entend peu de petits garçons exprimer le souhait d’avoir des enfants. J’en ai fait un article de blog. Les hommes qui ont répondu à mes questions disaient que « leurs copains ne faisaient que répondre au désir d’enfant de leur compagne pour qui devenir mère, c’était une nécessité à part entière, tandis que pour beaucoup d’hommes, avoir des enfants est indissociable du couple. Ainsi, beaucoup d’hommes en veulent parce qu’ils pensent que leur copine veut être mère, oubliant que ce n’est pas obligatoire. » Argh !

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    1. Comme toi, je ne ressens pas de pression sociale (peut-être parce que je suis encore « jeune » ?) et j’ai des femmes childfree dans ma famille, donc tout le monde s’en fout plus ou moins. Ça ne fait pas partie des discussions. Mais pareil, à la première réflexion ou question déplacée, je sortirai les crocs !
      C’est marrant ton analyse sur les hommes, ça montre que la question des enfants est largement considérée comme une sorte d’étape obligatoire « allant de soi », alors qu’elle devrait au contraire être mûrement réfléchie. Il y a aussi beaucoup de mecs qui raisonnent en termes (purement égoïstes) de « lignée ». Se reproduire, transmettre son saint patronyme… Comme si c’était une raison valable.
      Mais il y a aussi, j’ai l’impression, plus de femmes que d’hommes childfree, peut-être parce qu’elles ont eu plus d’occasions de réfléchir profondément à la question ?
      Je vais aller lire tes articles !

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